« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

vendredi 27 janvier 2017

Père Onésime Lacouture - 2-18 - La perfection exigée par Jésus


DIX-SEPTIÈME INSTRUCTION
LA PERFECTION EXIGÉE PAR JÉSUS.

«Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait!» Mt. 5-48. Plan Nature de la perfection.  (Jésus.  (Les apôtres.  Dans l’intention, la même pour tous selon: (Les Pères de l’Eglise.  (Le Pape Pie XI.  (Notre destinée au ciel.  (Dans les moyens.  Dans l’Exécution elle est différente: (Dans l’acquisition.  (Doctrine de St-Thomas.  Le cas du jeune homme riche.

NATURE DE LA PERFECTION.  Puisque Jésus est Dieu et qu’il nous destine à devenir une seule chose avec lui, nous pouvons nous attendre à ce qu’il exige une perfection divine en nous.  Tout en étant vraiment homme il a agi divinement selon sa nature divine.  Or, il vient précisément pour nous faire participants de la nature divine: nous devons donc agir divinement avec le secours de sa grâce.
C’est en fonction de cette perfection divine que nous devons étudier la vie de Jésus et juger sa doctrine; autrement nous l’abaisserons toujours à notre niveau pour ne voir en lui qu’une perfection humaine qui nous laisse indifférents, ou bien, nous le regarderons comme nous dépassant complètement et nous laisserons à une élite le soin de reproduire sa vie si parfaite.  Comme nous allons le voir, c’est la perfection même de Jésus en personne que nous devons reproduire dans notre propre vie sous peine de perdre le ciel.  Comme cette question est très importante les démons ont tout fait pour embrouiller les idées.  Que de sophismes on rencontre non seulement chez les fidèles, mais même dans le clergé pour éviter les conclusions pratiques d’une vérité qui condamne toute apathie, tout naturel et toute tiédeur dans la vie spirituelle.  Dès qu’on mentionne le nom même de perfection, que de chrétiens s’en désintéressent comme si la perfection n’était que pour un petit nombre choisi.
 
Les prêtres même la renvoient aux religieux où elle est guère mieux traitée!  Que le St-Esprit nous ouvre à tous les yeux de l’âme pour que nous arrivions à la bien comprendre afin de mieux la vivre.  Un être est d’autant plus parfait qu’il s’approche plus de sa fin dernière.  Or, notre fin dernière est une participation à la vie intime de la Sainte Trinité, sur la terre par la grâce et dans la foi, et au ciel dans la gloire.  La perfection d’un chrétien consiste donc dans la reproduction dans sa propre vie de l’activité des Trois Personnes divines.  On attribue au Père, la vie, au Fils, l’intelligence ou la sagesse, et au Saint-Esprit, l’amour.  Plus donc il participe à la Vie du Père, à la Pensée du Verbe et à l’Amour du Saint-Esprit, plus il est parfait.  C’est très clair dans les idées, mais la pratique exige tant de renoncement à l’activité humaine qu’il faut compter absolument sur la grâce de Dieu.  C’est ici surtout que se vérifie cette parole de Jésus: «Sans moi, vous ne pouvez rien!»

Voici une distinction absolument nécessaire pour se faire des idées nettes sur la perfection.  De son ignorance viennent de nombreuses erreurs qui font un tort immense dans la vie spirituelle.  On peut considérer une chose dans l’ordre de l’intention ou de la volonté, on peut la considérer aussi dans l’ordre de l’exécution qui est celui des faits.  Or, une foule de prêtres confondent les conclusions d’un ordre avec celles de l’autre et vice versa.  Prenons d’abord: l’ordre de l’intention Tous les fidèles sans aucune exception sont tenus de vouloir devenir parfaits comme Dieu le veut et donc de tendre de toutes leurs forces à la sainteté de Dieu.  Personne n’a le droit de dire, par exemple, qu’il ne veut que vingt-cinq pour cent de cette sainteté; il pêcherait contre le premier commandement.  Quand il s’agit de fin, il faut la vouloir sans limite surtout quand il s’agit de la fin dernière; il ne peut y avoir de degrés, ni de conseil là.  Tous les hommes y sont tenus à cause de leur fin dernière, et ce n’est pas parce qu’ils sont prêtres ou religieux, comme on l’entend si souvent dire.  Le fait d’être prêtre ou religieux urge davantage une obligation stricte qui existait déjà comme chrétien.  Les prêtres et les religieux devraient bien cesser de laisser entendre ou même de dire ouvertement qu’ils ont le monopole de la perfection.  Ce n’est pas vrai!  Les chrétiens l’ont tous par leur destinée surnaturelle.  Quand on prêche on doit toujours le faire selon l’ordre de l’intention; c’est aux volontés libres qu’on s’adresse, pas du tout à l’exécution et aux faits.  Dans son premier commandement, Dieu évidemment s’adresse à la volonté puisqu’il ne met pas de limite; il veut que nous l’aimions de toutes nos forces.  De même Jésus quand il dit que nous devons être parfaits comme son Père céleste est parfait, il ne met pas de limite, ni de degrés, quoique dans l’ordre de l’exécution ou des faits, il sait bien qu’il y en a.

Comme nous ne sommes libres dans l’ordre de l’intention, c’est cette partie que Dieu surveille en nous; là est sa gloire à lui, et notre mérite à nous.  Dans cet ordre les prédicateurs peuvent donc nous dire; aimez Dieu sans limite!  renoncez à tout ce que vous avez!  etc.  sans faire aucune exagération.  Je puis dire aux fidèles: vous devez avoir un motif surnaturel pour absolument tout ce que vous faites sans faire aucune exagération.  C’est entendu que cela veut dire qu’ils doivent vouloir ces choses et ils doivent les vouloir sans limite, même si dans l’exécution il y a nécessairement des degrés et des limites.  Mais combien de prêtres blâmeraient ces expressions comme exagérées.  C’est parce qu’ils ne pensent qu’à l’ordre de l’exécution.  Or, c’est insensé de prêcher selon cet ordre.  Est-ce qu’on dirait à une femme qui n’a que dix degrés de santé: madame ne veuillez que ces dix degrés de santé ou à des pauvres, ne veuillez que les quelques dollars que vous avez!  Eh bien dans l’ordre de l’intention, tout chrétien est tenu de vouloir et donc de tendre de toutes ses forces à acquérir la sainteté de Dieu, simplement parce qu’il est chrétien, et donc comme les prêtres et comme les religieux!  Leur état ne fait que doubler cette obligation qui existait déjà en eux.  Donc au point de vue de cette tendance de la volonté à la sainteté de Dieu il n’y a aucune différence entre les laïques et les prêtres et religieux.  Voici que Jean doit mille dollars à Pierre; il a sûrement une obligation stricte à payer cette dette.  Supposons qu’il fait un voeu de payer sa dette, est-ce que son obligation de la payer ne commence que le jour de son voeu?  Pas du tout.  Son voeu s’ajoute simplement à l’obligation qui existait déjà.  Donc dans l’ordre de l’intention qui est le seul qui nous regarde les laïques sont tenus par une obligation stricte de tendre de toutes leurs forces à la sainteté de Dieu, comme les prêtres et les religieux.  Ce n’est pas vrai encore une fois que la perfection soit seulement pour les religieux et pour les prêtres.  Montrons-le par la doctrine.  De Jésus.  En Jean 17 il veut que nous soyons tous sans exception, donc pas seulement les prêtres et les religieux, une seule chose avec lui comme il l’est avec son Père.  Or, c’est cette union avec le Père par Jésus qui constitue notre sainteté.  Jésus prêchait le premier commandement à tous les fidèles et pour tout le monde.  En Luc 10-27 qui cite Deutéronome 6-5 qui ne s’adressait certainement pas aux religieux; ils n’existaient pas encore.  Les béatitudes s’adressent sûrement à tout le monde; or elles contiennent la plus haute perfection possible au monde.  Chacune renferme la plus parfaite perfection de vie et toutes sont pour les laïques autant que pour les religieux.  Enfin, il dit à tous: Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait! 

C’est donc le même but qu’il assigne à tous les laïques comme aux religieux et aux prêtres.  Quand il dit: «Si quelqu’un ne renonce pas à tout ce qu’il possède, il ne peut être mon disciple,» c’est le détachement absolu qu’il requiert des laïques comme des autres.

Les Apôtres, comme Jésus, recommandent la plus haute sainteté possible à tous les laïques sans exception; dans l’ordre de l’intention, les religieux ne peuvent pas aller plus loin.  Leur principal argument se résume à quelque chose comme ceci: Vous êtes de la race de Dieu, eh bien, agissez comme tels, comme des enfants de Dieu et donc comme Dieu.  Les épîtres sont remplies de ces exhortations à la plus haute sainteté.  Il suffira d’en citer au hasard.  S.  Paul, Eph.  1: «De même qu’en lui, (Jésus) il nous a choisis avant la création du monde, afin que nous fussions saints et sans tache en sa présence par la charité.» Ce serait trop long de citer ces exhortations, ardentes pour la pratique des plus parfaites vertus.  Il veut que tous soient les imitateurs de Jésus, qu’ils vivent dans la foi comme dans la gloire en autant que la condition terrestre le permet.  On ne pourrait trouver de plus parfait dans la vie religieuse au point de vue de la tendance que ce qu’il demande à tout le monde sans exception.  S.  Pierre 1, 1-13: «Comme Celui qui vous a appelés est saint, vous aussi, soyez saints, dans toute la conduite de votre vie.» S.  Jean 1, 3-3: «Et quiconque a cette espérance en lui se sanctifie comme lui-même est saint.» L’idée que nous sommes appelés à participer à l’activité trinitaire en Jésus et par Jésus domine dans l’esprit des Apôtres.  Or, les laïques sont appelés là comme les religieux: donc tous sans aucune exception doivent par la volonté de Dieu et par leur vocation à la vision béatifique tendre à la sainteté de Dieu.  Les Pères de l’Eglise reviennent souvent sur cette même idée: que puisque nous sommes les enfants de Dieu, nous devons tous tendre à sa perfection divine dans toute l’étendue de notre activité libre.  Ils ne disent pas que seuls les religieux ou les prêtres sont tenus d’être saints, mais ils le prêchent à tout le monde dans cette distinction insensée introduite par l’ignorance du plan divin.  Voici un texte qui s’élève même avec force contre cette distinction qui commençait déjà à se faire.  S.  Jean Chrysostome, Apologie pour la vie Monastique L.  3 - n.  14: «Vous vous trompez et vous vous abusez étrangement, si vous pensez qu’autres sont les obligations des séculiers, autres celles des moines.  Toute la différence est dans le mariage et dans le célibat, pour tout le reste, ils rendront un compte égal.  Celui qui se fâche sans raison contre son frère, qu’il soit séculier ou moine, offense également Dieu; et celui qui jette les yeux sur une femme pour la convoiter, en quelqu’état qu’il vive, sera également puni pour cet adultère… Quand Jésus dit:

Bienheureux les pauvres d’esprit, les affligés, les doux, etc.  il ne nomme ni le séculier ni le religieux.  Cette distinction a été inventée par l’imagination des hommes»!  Les Ecritures ne connaissent rien de semblable, elles veulent que tous mènent la même vie, solitaires ou hommes mariés.  Ecoutez en effet ce que dit S.  Paul, et citer S.  Paul, c’est encore citer Jésus-Christ.  Ecrivant à des hommes mariés et pères de famille, il réclame d’eux une régularité qui conviendrait à des moines.  Il leur interdit toute recherche et dans les vêtements et dans la nourriture en ces termes: «Les femmes seront vêtues comme l’honnêteté le demande; elles seront parées avec pudeur et modestie, et non avec des cheveux frisés ou de l’or ou des perles ou des habits somptueux.  (I Tim.  2-3) Et plus loin: «Celle qui vit dans les délices est morte toute vivante».  (I Tim.  5-6) Et encore: «Dès lors que nous avons de quoi nous nourrir et de quoi nous vêtir, soyons contents.» (I Tim.  6-8)

Cette perfection, il l’exige de tous les chrétiens; cependant quoi de plus élevé?  Quand il ordonne de se mettre au-dessus de la colère, de l’emportement, des cris, de l’amour des richesses, des plaisirs de la table et du luxe, au-dessus de la vaine gloire et de toutes les choses de la terre, quand il ordonne de n’avoir rien de commun avec la terre et de mourir à son corps, il est évident qu’il nous demande la même perfection que Jésus-Christ demande à ses disciples.  Quelquefois, non content de nous pousser à l’imitation des disciples de Jésus-Christ, il nous exhorte à celle du Maître lui-même.  En effet, c’est en Jésus-Christ qu’il va puiser ses exemples, quand il nous recommande la charité, l’oubli des injures, la modestie.  Puisque donc qu’il ordonne d’imiter, non pas les moines, non pas les disciples, mais Jésus-Christ même, et qu’il menace des plus grands châtiments ceux qui ne l’imiteront pas, comment pourriez-vous dire que c’est la une perfection trop haute?  C’est une hauteur à laquelle il faut que tous les hommes s’élèvent, et ce qui a bouleversé toute la terre, c’est que nous nous sommes imaginés que le moine seul est tenu à la perfection de la règle évangélique, mais que les autres peuvent vivre dans le relâchement.  Il n’en est point ainsi, certes non, il n’en est point ainsi: nous sommes tous obligés à la même perfection, c’est l’Apôtre qui le déclare: «Je vous l’affirme sans hésiter, ou plutôt, je ne fais que répéter l’affirmation de Celui qui doit: nous juger….» Quel dommage que ce texte ne soit pas multiplié par millions et répandu dans l’univers pour faire cesser cette idée sotte que les religieux ont le monopole de la perfection et que les gens du monde peuvent jouir des créatures tant qu’ils veulent.  Ce serait aux prêtres et aux religieux à expliquer les choses clairement devant le peuple et faire cesser cette distinction dans la tendance à la sainteté.  Mais, combien, au contraire, alimentent cette distinction pour favoriser leur orgueil insensé, et souvent aussi, par paresse, pour se dispenser de travailler ardemment à acquérir la sainteté, comme s’ils l’avaient déjà dans leur état du sacerdoce ou de la vie religieuse.  Dieu ne jugera pas l’état de vie, mais la ferveur et les actes qu’on aura posés dans cet état de vie.  Le Concile d’Aix-La-Chapelle en 816 dit: Multa quidem et innumera legalla, prophetica, et evangelica atque apostolica poterant proferri documenta, quibus infatigabiliter atque incessabiliter devotis famulari debet Christiana; sed propter eas quas supra memoravimus, heac pauca breviter adnumerare studisimus, qui insipienter asserunt solos monachos artam sectari debere viam cum utique Dominus artam et angustam viam dicat esse, quae ducit ad vitam et nomo nisi per eam in vitam ingredi possit aeternam.  Non solum igitur monachis et clericis, verum ebiam omnibus, qui christians censentur vocabulo, per hanc artam et angustam intrandum est viam… Instanter et vigilanter, at omnibus certandum est, quanquam diversorum donorum modis curratur, qualiter una ad sanctam et supernam Hierusalem matrem nostram tendamus quo sine fine cum domino vivere mereamur.  Illud quoque sciendum, quia quanto quisque se in presenti sacculo per Christi amorem abjectiorem fecerit, tanto magis in futuro feliciorem remunerationem percipict.» «On pourrait produire beaucoup et d’innombrables documents légaux, prophétiques, évangéliques et apostoliques, qui insistent sans répit et constamment sur la nécessité de cultiver la piété chrétienne; mais à cause de ceux qu’on a cités plus haut, nous avons fait ces quelques remarques contre ceux qui affirment sottement que seuls les moines sont tenus de suivre la voie étroite, puisque Notre Seigneur dit que la voie qui conduit au salut est petite et étroite, et que personne ne peut entrer dans la vie sans passer par elle.  Ce n’est donc pas seulement les moines et les prêtres qui doivent s’efforcer d’entrer par cette voie étroite, mais tous les chrétiens.  Il faut que chacun lutte ardemment et soigneusement, quoique par des dons différents pour tendre ensemble vers notre mère la sainte Jérusalem céleste où nous mériterons de vivre sans fin avec le Seigneur.  On doit savoir aussi que plus on s’abaisse dans ce monde pour l’amour du Christ et plus on sera heureux dans l’autre vie.»

            Il         est       évident            que      ce        concile            représente       bien l’enseignement de l’Eglise à cette époque sur cette question.  Le Pape Pie XI sur le 3e centenaire de St-François de Sales, Act.  S.  Sed.  Vol.  4-50, écrit: «Le Christ a constitue l’Eglise sainte et source de sainteté, et tous ceux qui la prennent pour guide et maîtresse, doivent, par la volonté divine, tendre à la sainteté de vie.» «C’est la volonté de Dieu, dit St-Paul, que vous vous sanctifiez.» Quel genre de sainteté faut-il?  Le Seigneur le déclare lui-même ainsi: «Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait.» Que personne n’estime que cette invitation s’adresse à un petit nombre très (restreint) choisi, et qu’il est permis à tous les autres de rester dans un degré inférieur de vertu.  Cette loi oblige comme il est clair absolument tout le monde sans aucune exception!» Notre destinée au ciel.  Nous avons tous une seule et la même destinée à la vision béatifique en tant qu’hommes et en tant que chrétiens pas en tant que prêtres et religieux.  Or, c’est justement cette fin dernière qui exige que nous soyons saints de la sainteté de Dieu pour participer au bonheur de Dieu.  Donc tous les laïques sont tenus de tendre à la sainteté de toutes leurs forces en vue de la vision béatifique.  Ce n’est ni le sacerdoce ni la vie religieuse qui donnent cette vocation à certains hommes; c’est le fait d’être homme et chrétien!  C’est pour cela que Jésus et les apôtres n’ont absolument rien donné comme doctrine spéciale aux prêtres et aux religieux.  Seuls ils ont indiqués quelques moyens plus parfaits pour arriver au ciel comme nous allons le voir plus loin.

dans l’exécution elle est différente La Perfection est différente dans les moyens.  Dieu a établi différentes sortes de moyens pour arriver à la fin dernière: c’est là qu’on trouve de la différence entre les religieux et les laïques.  Les voeux rendent la pratique de la vertu plus parfaite; les conseils évangéliques sont plus parfaits.  Mais, parce que ces moyens sont plus parfaits en eux-mêmes que d’autres moyens, tout dépend de la façon de s’en servir.  Si on se contente d’avoir fait le voeu de pauvreté, par exemple, et que l’esprit soit aux choses du monde et qu’on pense toujours à améliorer sa condition en accaparant le plus possible de choses pour son confort, pour se satisfaire, on se fait illusion sur le mérite de son voeu; il ne vaut rien ou peu.  Combien de religieux vivent comme le riche qui festoyait tous les jours et qui était habillé de fin lin!  Leur voeu ne les sauvera pas des conséquences de leur vie de païens.  En tout Dieu ne regarde jamais les «in se» ou des états de perfections; il regarde l’esprit ou le coeur; il surveille notre amour.  Les religieux comme les laïques et les laïques comme les religieux doivent mépriser les biens de ce monde pour n’aimer que Dieu de tout leur coeur!  Voilà ce que Dieu surveille en nous, et non pas l’état dans lequel nous vivons, ou les moyens que nous avons choisis, c’est l’usage qu’on en fait.  Or, on a tellement vanté l’état religieux que les religieux pensent avoir en eux-mêmes tout ce qu’on dit de l’état!  Ce n’est pas vrai!  quoique ce devrait être ainsi.  Cessons donc de parler des états de perfection et parlons de la pratique de la perfection dans tous les états.  Peu importe l’état; c’est le coeur dans l’état que Dieu veut.  Supposons que tous les chrétiens soient tenus d’aller à Rome; L’intention de tous doit être la même: aller à Rome.  Les uns pourraient y aller en bateau, en train ou en avion.  On ne pourrait pas les classifier selon leur tendance vers Rome; elle est la même pour tous.  La seule différence serait dans les moyens employés pour s’y rendre.  Ainsi, nous devons jamais diviser les chrétiens entre ceux qui tendent à la perfection et ceux qui ne le font pas; c’est absurde et faux.  Mais parmi ceux qui doivent tendre à la perfection, les uns y vont avec les conseils évangéliques et les autres sans ces conseils.  Ne laissons plus les démons nous aiguiller à mettre la différence dans la tendance à la perfection.  Elle est absolument la même pour tout: homme en ce monde; ce n’est que dans les moyens qu’elle diffère.  Dans l’acquisition de fait, il est évident que tous les hommes de fait atteignent des degrés différents de perfection.  St-Paul les compare aux étoiles de différente splendeur; ainsi les élus seront différents dans les degrés acquis de la perfection.  Nous avons un bon exemple dans les mondains; ils sont insatiables de jouissance et de richesse, mais en attendant ils prennent ce qu’ils peuvent au jour le jour, mais en veulent toujours plus.  C’est ainsi qu’on agit quand on a mis son coeur en quelque chose… et les chrétiens doivent mettre leur coeur en Dieu seul, d’après le premier commandement.

Par conséquent tout ce qu’on dit des différents degrés de sainteté, d’humilité et des vertus en général ne doit jamais être pris comme objet de la volonté.  Elle doit tendre au plus parfait degré de toutes ces choses selon l’ordre de l’intention.  Si quelqu’un ne voulait que des degrés inférieurs, il pécherait contre le premier commandement.  De même pour les trois degrés d’humilité de S.  Ignace: C’est une division des degrés qu’on trouve de fait dans la vie de tout homme, mais personne ne doit se contenter de vouloir le premier ou le second seulement.  Il faut par sa destinée vouloir le plus parfait dans l’ordre de l’intention!  N’allons donc jamais prendre ce qui se fait dans l’ordre de l’exécution comme objet de la volonté.  Les prédicateurs ne devraient jamais prêcher selon ce qui se fait dans l’ordre des faits.  Combien voyant la tiédeur des fidèles, prêchent une spiritualité rabaissée à leur niveau; c’est les ancrer davantage dans leur paresse spirituelle.  Il faut demander tout ce qu’il y a de parfait comme objet de la volonté, mais en même temps leur montrer la différence entre cet ordre et celui de l’exécution, car ils pourraient se décourager.  Le démon va toujours profiter de la confusion de ces ceux ordres si on ne les tire pas au clair.  Même des prêtres se mélangent là.  Un jour l’un d’eux était choqué contre moi; il me dit: «Vous demandez la sainteté de Dieu, l’avez-vous vous-même?» Je lui répondis que cela n’était pas de ses affaires ni des miennes Mais que je devais vouloir cette sainteté comme tout le monde.  Il finit par comprendre le différent point de vue; de vouloir une chose et l’autre point de vue de le réaliser dans le concret.  Doctrine de S.  Thomas, 2a-2æ, q.  184: Je cite simplement la note 30e de la petite édition française.  «La perfection de la charité avec tous ses degrés et avec tous ses modes, le mode terrestre et le mode céleste, est donc de précepte pour tout le monde.  La charité ne nous est pas commandée jusqu’à un certain point seulement, le surplus n’étant que de conseil.  Entendez, ce qui est capital, la charité elle-même, la charité intérieure qui est un amour.  Non seulement elle est la fin des autres préceptes et des conseils, mais elle est notre fin à nous-mêmes, étant ce par quoi nous sommes unis à Dieu, notre perfection objective suprême.  Or, quand il s’agit de fin, il ne saurait y avoir de mesure à garder.  Et ici moins que jamais, ou il s’agit de fin suprême, et qui participe en quelque manière à l’unité de Dieu.  «Mais, c’est comme sa fin que la perfection de la charité tombe sous le précepte.  Ce n’est pas comme sa matière.  «Or, la matière du précepte de la charité, c’est la charité tout court, la charité quant à son essence ou à sa perfection essentielle, qui consiste à n’aimer rien contre Dieu, plus que Dieu ou autant que Dieu.  Celui qui possède cette perfection essentielle de la charité doit être tenu comme satisfaisant au précepte qui impose à tous la perfection totale de la charité comme fin à atteindre.  C’est précisément parce que tous les degrés et les modes de la charité tombent: sous le précepte comme fin que nul d’entre eux, à l’exception du moindre, n’est prescrit en particulier et dans ce moment-ci.  L’étendu du précepte fait sa souplesse.»

Appendice II.  Pour ne pas transgresser un précepte, il n’est pas nécessaire de l’observer avec toute la perfection possible.  D’où, par application à présente matière, ce lieu là ne transgresse pas le précepte de la charité parfaite, qui possède d’une manière quelconque, fut-ce à son moindre degré, la perfection de la charité, qui consiste à aimer Dieu par dessus toutes choses.  C’est cette perfection essentielle de la charité qui constitue la matière du précepte, tandis que la perfection totale de la charité en est la fin.  Celui-là transgresserait le précepte de la charité, qui satisfait de posséder la perfection essentielle de la charité, mépriserait ses degrés supérieurs et sa perfection totale.  Ce n’est pas assez de ne pas mépriser, «Double est la perfection de la charité.  Il y a la perfection externe de la charité, qui consiste en des actes extérieurs, signes des dispositions intérieures, par exemple, la virginité, la pauvreté volontaire.  A cette perfection-là, qui est la matière propre des conseils, tout le monde n’est pas obligé.  Mais il y a la perfection interne de la charité, qui consiste dans l’amour intérieur de Dieu et du prochain… Or cette perfection-là, si tout le monde n’est pas obligé de la posséder en acte, tout le monde est obligé d’y tendre.  En effet, si quelqu’un ne voulait pas aimer Dieu davantage il ne satisferait pas au précepte de la charité!  Est-on tenu au bien meilleur?  Il faut distinguer.  Le bien meilleur peut s’envisager comme matière d’action, ou comme objet d’amour.  L’on n’est pas tenu au bien meilleur sur le plan de l’action, mais on y est tenu sur le plan de l’amour.  La raison en est que toute règle d’action veut une matière déterminée et précise.  Or, si on était obligé d’accomplir le bien meilleur, on serait obligé à l’indéterminé.  Par contre, sur le plan de l’amour, on est obligé au bien meilleur dans toute l’étendue de ce bien.  Comme beaucoup de prêtres sont embrouillés sur cette question si claire dans St-Thomas.  Evidemment les démons sont là pour embrouiller les idées des prêtres.  Ainsi quand St-Thomas, parle du degré infini de la charité il parle dans l’ordre de l’exécution ou des faits.  Alors c’est évident que les degrés supérieurs dans l’ordre de l’exécution ne sont plus absolument nécessaires et peuvent être regardés comme de conseils ou libres d’une certaine façon.  Mais, personne n’a le droit de prêcher ce degré infini de charité comme une fin dernière ou comme l’unique objet de la volonté, ou encore de le transposer dans l’ordre de l’intention.  C’est là l’erreur d’une foule de prêtres et de religieux.  Ce sont ces ignorants qui sont les peureux dans la prédication!  Ils ont toujours peur de demander trop au peuple; ils prêchent une perfection médiocre, base même, et dès qu’ils entendent un autre prédicateur qui connaît sa matière, ils le taxent d’exagération.  Mais, ce n’est pas vrai!  Il prêche la perfection dans l’ordre de l’intention comme il doit le faire et donc sans limite ni degrés, ni conseil.  Mais, il est dénoncé quand même par une foule d’ignorants sur cette question… et souvent le nombre l’emporte sur la doctrine…!

Quand est-ce que les prêtres vont se mettre à étudier cette question si importante de la perfection?  Le nombre des ignorants dans cette matière est effarant!  Personne même quand il connaît bien la question, n’ose le prêcher dans toute sa vérité et dans toute son extension; il a une peur bleue d’être dénoncé, et de fait, il le serait très vite… et il y a assez de supérieurs embrouillés aussi ici pour le condamner.  Tous les prêtres et les religieux devraient connaître à fond cette perfection exigée par Jésus pour nous donner la vision béatifique.  C’est la sainteté de Dieu dans toute la force du mot; c’est la perfection de Dieu en personne!  Peut-on exagérer quand nous la prêchons au peuple?  Peut-on leur demander trop avec une telle fin dernière?  Comme il faut être aveugle ou ignorant pour se contenter d’une bonté humaine, d’une vertu naturelle, selon notre bon sens et notre volonté!  Que de prêtres et de religieux n’ont pas un idéal de perfection plus élevée que celle d’un païen!  Du moment qu’un chrétien garde la loi naturelle avec ses préceptes négatifs, les prêtres ne voient plus rien à lui demander et de fait ne demandent rien de plus.  Ils le comparent avec les pécheurs autour de lui et le trouvent fort supérieur aux impudiques, aux ivrognes et aux assassins: cela suffit!  Quel aveuglement!  Ils devraient le comparer non pas avec les démons ou avec les pécheurs, mais avec Dieu sa fin dernière!  Avec la Trinité!  Avec Jésus en personne!  Comme ils seraient alors plus exigeants!  Comme ils seraient plus zélés!  Comme ils travailleraient plus pour monter les âmes à ce haut degré de vertu: la sainteté de Dieu!  Quand est-ce que les prêtres et séculiers et réguliers vont-ils exiger la perfection des laïques?  Actuellement dès qu’on prêche l’amour concret de Dieu avec ses conséquences inévitables du mépris des plaisirs du monde et le renoncement à soi-même, on entend les fidèles regimber en disant: Ce prédicateur nous prend-il pour des religieux?  Il nous prêche comme à des Soeurs!  Il est fou….  Encore une fois c’est aux prêtres à faire cesser cet état d’esprit chez les fidèles.  C’est évident que nous devons tous prêcher comme à des religieuses et à des religieux.  C’est exactement ce qu’a fait Notre-Seigneur.  A part du célibat et de la pauvreté volontaire, il n’y a absolument rien dans la prédication de Jésus qui ne s’adresse qu’aux religieux.  Eh bien, les prêtres doivent donner la doctrine de Jésus au peuple et donc sans faire aucune distinction entre la perfection requise pour les laïques et celle des religieux et des prêtres.  Parfois un prêtre se risque à demander une grande perfection mais il le fait avec hésitation et comme en demandant pardon de son audace, confirmant ainsi les fidèles dans leur idée fausse que la perfection n’est que pour une élite ou pour des religieux.  Où sont les prêtres qui ont jamais exigé la perfection que St-Paul exigeait de ses fidèles?  Les prêtres laissent toute cette doctrine dormir dans les épîtres de St-Paul!  Quelle pitié que leur formation les éloigne de tout ce qu’il y a de plus solide et de plus efficace dans l’écriture sainte!  Dieu est amour et notre fin dernière est Dieu, donc c’est l’amour qui est notre fin dernière.  Eh bien, si on veut une preuve de tout ce qu’on a dit ici, qu’on essaie de parler de l’amour de Dieu à des prêtres ou à des religieux; cela ne les intéresse pas du tout!  Ils deviennent muets comme des carpes!  Ils vous fuient comme la peste!  Si on veut se débarrasser d’un prêtre qu’on lui parle de l’amour de Dieu ou de spiritualité et tout de suite il se découvre une affaire urgente qui le presse et il s’en va tout de suite!  A ceux qui seront scandalisés de ces remarques sévères pour les prêtres et pour les religieux comme pour bien des fidèles naturellement, qu’ils songent au tort que cette attitude mentale fait aux intérêts de Jésus et au salut des âmes.  Ils font un tort immense dans l’Eglise à cause de leur ignorance crasse de toute spiritualité et de leur insouciance conséquente pour les choses de Dieu.  Celui qui a un peu de coeur pour Jésus est plus sensible à ce tort qu’à leur petite réputation de païen qu’ils voudraient sauver.

La perfection de Dieu est la fin dernière de tout chrétien absolument et même de tout homme au monde…!  C’est elle qui doit actionner absolument toute l’activité humaine de tous les hommes sans exception!  C’est elle qui doit faire germer, alimenter et développer toutes les idées de l’homme et donc le conduire dans toute sa vie pratique et concrète… et tout le monde en a peur!  La masse l’ignore absolument!  Les prêtres n’y sont pas intéressés!  Les religieux guère plus et les fidèles encore moins évidemment!  Grand Dieu!  Quel aveuglement partout!  Comme les démons ont réussi à semer leur ivraie dans toute la formation religieuse des prêtres et des religieux pour aboutir à un si triste résultat!  Tout homme doit être tout aux choses de Dieu comme il le sera au ciel… et il est tout aux choses de la terre comme un païen authentique!  Il n’a pas même l’idée d’acquérir ou de tendre au moins vers la perfection de Dieu qui devrait orienter toute sa vie.  Mais où sont donc les successeurs des apôtres qui criaient à tout le monde sans exception qu’ils devaient être saints comme Dieu est saint et qui l’exigeaient dans toute leur prédication jusque dans les plus petits détails de la vie?  Qu’on lise les Epîtres avant de mourir, au moins une fois… je le dis pour les prêtres et les religieux surtout!  le cas du jeune homme riche.  Ce jeune honte riche, à son insu, a fait un tort immense dans l’Eglise; depuis des siècles qu’il sert de modèle aux religieux et de fondement à cette erreur que les religieux seuls sont appelés à la perfection.  C’est dans cette histoire que le démon a semé son ivraie pour faire dévier sa masse des prêtres et des religieux de la vraie doctrine de la sainteté chrétienne.  Il est grand temps de tirer cette histoire au clair et de montrer l’erreur qui s’est glissée là.  D’abord où est le conseil dans ce texte?  St-Thomas le dit; Il est seulement dans le: Va et vends tes biens!  Pour s’en détacher il n’était pas obligé strictement de les vendre, mais c’était le moyen le plus pratique pour s’en détacher et Jésus est pratique!  Eh bien, la plupart dans le clergé ont vu le conseil dans les premiers mots: Si tu veux être parfait!  C’est une erreur.  Ce «si» n’est pas du tout conditionnel, mais consécutif, comme lorsqu’il dit: Si tu veux entrer dans la vie, ou, si quelqu’un veut être mon disciple; qui dira que ce n’est qu’un conseil de vouloir entrer dans la vie ou de suivre Jésus?  Cela veut dire: puisque tu veux être parfait… Or dans le sermon sur la montagne Jésus a déjà dit à tous sans exception, comme le dit le Pape Pie XI: «Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait!» C’est une obligation pour tout le monde; Jésus ne pouvait pas offrir cette perfection au jeune homme comme un conseil ou une chose libre.

On dit, ce jeune homme est sauvé puisqu’il observait les commandements.  D’abord quels sont ces commandements?  C’était un bon païen comme la plupart des Juifs, tout aux choses de ce monde et il se contentait d’observer les commandements de la loi naturelle.  Le premier commandement n est pas cité du tout.  C’est comme les prêtres de nos jours qui ont laissé tomber dans l’oubli pratique ce commandement.  Or dans le sermon sur la montagne Jésus dit: Si votre justice n’est pas plus grande que celle des scribes et des pharisiens vous n’entrerez point dans le royaume des cieux.  Eh bien les pharisiens observaient en général tous les commandements de la loi naturelle et selon l’esprit de la seule loi naturelle.  Est-ce que de nos jours dans le christianisme même les prêtres en général ne se contentent pas des préceptes négatifs de la loi chrétienne?  Comme ils sont rares ceux qui exigent l’amour de Dieu dans le concret avec son correspondant: mépris des choses créées.  Il ne faut pas être surpris que les prêtres de l’ancienne loi soient tombés dans cette erreur… Voici la plus grande objection à mon interprétation.  C’est que St-Paul aux Gal.  5-14 dit: Toute la loi est renfermée dans ce seul précepte: tu aimeras ton prochain comme toi-même.  Or Jésus cite ce commandement au jeune homme qui affirme l’avoir observé.  D’abord je réponds avec le P.  Prat et Fillion que dans ce texte il ne s’agit que de la loi de Moïse et donc interprétée selon l’esprit du temps qui était du naturel pur.  L’amour du prochain était naturel, ce n était pas l’amour surnaturel, exigé par Jésus qui va jusqu’à aimer ses ennemis pour l’amour de Dieu.  St-Jérôme dit qu’il mentait quand il disait aimer son prochain car il n’a pas voulu lui donner son bien ni même de son bien.  St-Basile lui demande comment est-il devenu si riche s’il aimait les autres comme luimême?  En tout cas il est bien certain qu il a préféré ses richesses à Dieu puisqu’il n’a pas voulu s’en départir quand Jésus le lui demanda.  Son amour du prochain donc ne pouvait pas être surnaturel, donc n’était pas pour Dieu et donc il ne pouvait pas être sauvé dans ces dispositions actuelles.  La preuve qu il n’aimait pas son prochain comme lui-même est qu’il n’a pas voulu distribuer ses biens aux pauvres quand Jésus le lui demande.  Il lui manquait donc l’amour surnaturel de Dieu et du prochain pour entrer au ciel.  C est ce que l’on trouve dans St-Marc, 10 et St.  Luc, 18, qui racontent tous les deux le même épisode du jeune homme riche.  Au lieu du «si tu veux être parfait» de St.  Mt., les deux autres ont: «il te manque encore une chose».  Après qu’il eut dit qu’il avait observé les commandements tels que cités par Jésus et qui étaient seuls ceux que le jeune homme devait observer, Jésus lui dit: «Il te manque encore une chose» et cela pour entrer dans la vie, car le jeune homme avait demandé que faut-il que je fasse pour entrer dans la vie éternelle.  Or justement ce que Jésus lui dit de faire lui donnerait l’amour et de Dieu et du prochain.  Il était évidemment attaché à ces biens, donc il n’aimait pas Dieu, car il préféra garder ses biens, ni le prochain puisqu’il ne voulait rien lui donner.

Les paroles de Jésus quand le jeune homme s’en va triste confirment cette interprétation, puisqu’il dit à ses Apôtres: Qu’il est difficile aux riches d’être sauvés, et un évangéliste dit: Qu’il est difficile pour ceux qui mettent leur confiance dans les richesses d’être sauvés.  C’était évidemment le cas du jeune homme en question.  S’il ne s’agissait pour lui que de la vie plus parfaite des religieux comme ceux-ci aiment à le croire, les paroles de Jésus n’ont plus de sens.  Jésus répète deux fois son: Qu’il est difficile aux riches d’être sauvés.  On pourrait lui répondre tout de suite: mais votre jeune homme est déjà sauvé d’après les religieux.  Si l’interprétation des religieux est vraie, Jésus aurait dû dire: Qu’il est difficile aux riches de se faire religieux!  et les Apôtres auraient dû ajouter: Qui peut donc devenir religieux?  Mais ils disent: qui peut donc être sauvé?  On apporte une objection enfantine: on dit: Jésus le regarda et l’aima!  donc il était sauvé… Ce n’est pas vrai nécessairement. 

St.  Jean dit: que Dieu nous aima de toute éternité.  Est-ce que tous sont sauvés?  Pas du tout.  Jésus aime les pécheurs, les païens et tous les hommes sur la terre même longtemps avant qu’il les appelle à la foi.  Il aima donc ce jeune homme quand il lui indique le moyen d’arriver au ciel: se détacher de ses biens pour aimer Dieu et son prochain.  On peut comparer un autre texte en St.  Luc, 10-25, quand un scribe pose la même question à Jésus: «Maître, que ferai- je pour posséder la vie éternelle?» Ici, c’est Jésus qui lui demande ce qui est écrit dans la loi.  Or le scribe cite seulement le premier commandement tel que donné dans le Deutéronome, 6: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toutes tes forces et de tout ton esprit et ton prochain comme toi-même».  Alors Jésus lui lit: «Fais cela et tu vivras.» Il ne lui manque aucune autre condition.  Or cet amour de Dieu exige le mépris des créatures et l’amour du prochain exige qu’on se dépouille en sa faveur.  On voit tout de suite que le jeune homme n’avait pas l’amour de Dieu ni du prochain qui donne la vie éternelle.  Le jeune homme ne pratiquait que les préceptes négatifs et l’amour du prochain on pourrait dire aussi négatif dans le sens qu’il ne lui faisait pas de tort, mais il n’allait pas à l’amour du prochain demandé dans la nouvelle loi par Jésus.  Tandis que le Scribe cite les deux commandements de l’amour de Dieu et du prochain qui contiennent tous les préceptes négatifs, mais pas vice versa.  Donc ce jeune homme était un bon «païen» de mentalité qui avait mis son coeur dans les richesses et qui l’a gardé au moins dans sa façon d’agir avec Jésus.  En Luc, 11-33, Jésus dit: «Si quelqu’un ne renonce pas à tout ce qu’il possède, il ne peut être mon disciple.» Encore un «si» consécutif pas du tout conditionnel; le renoncement n’est pas une affaire de conseil, mais absolument nécessaire au salut.  Or il est évident que le jeune homme riche était attaché à ses biens puisqu’il n’a pas voulu s’en départir quand Jésus le lui demandait.  Donc, il n’était pas sauvé dans les dispositions qu’il avait à ce momentlà.  Eh bien!  qu’on nous laisse la paix avec ce fameux jeune «païen», modèle des religieux depuis des siècles: Deux évangélistes disent après qu’il a avoué avoir pratiqué les commandements cités par Jésus: il te manque encore une chose pour entrer dans la vie; c’est ce qu’il avait demandé.  Mais pourquoi Jésus ne lui a-t-il pas cité le premier commandement?  C’est qu’il le prend tel qu’il était dans sa vertu naturelle, qui était bonne de fait, mais insuffisante comme Jésus le lui insinue assez clairement en lui disant: Il te manque encore une chose.  On a un principe bien admis par tout le monde en exégèse, qu’on ne peut jamais faire contredire les évangélistes.  Eh bien, les deux: Il te manque encore une chose, de St-Luc et St-Marc, ne peuvent pas contredire le «Si tu veux être parfait» de St.  Mt., mais il signifie la même idée.  Or il est clair que ce jeune homme n’était pas sauvé avec cette parole de Jésus: il te manque encore une chose.  Et donc il n’était pas plus sauvé avec l’autre: Si tu veux être parfait.  Cette perfection dont il s’agit ne peut donc pas être la pratique des conseils évangéliques comme les religieux le prétendent, mais il s’agissait de la perfection divine qui consiste dans la charité de Dieu et du prochain, que ce jeune homme n’avait pas encore au degré voulu pour entrer dans le ciel.


Donc ce n’est pas vrai que le «Si tu veux être parfait» était une offre de la perfection religieuse de conseil.  Surveillons les sermons de prise d’habit et de voeux.  C’est là qu’on est exposé à parler selon cette idée fausse que la perfection est libre ou de conseil.  Qu’on n’oppose jamais la perfection des conseils à la vie des gens du monde.  Qu’on soit bien clair, que l’avantage de la religieuse n’est que dans le moyen plus parfait qu’elle prend.  Qu’on fasse bien attention de dire sans spécifier que Dieu l’a choisie pour la perfection tandis que ses soeurs et ses parents dans le monde ne seraient pas appelés à la perfection.  Ce ne serait pas vrai!  Qu’on ne fasse plus la bêtise de citer le «Si tu veux être parfait» comme s’il constituait un conseil de perfection: encore là ce n’est pas vrai!  Là n’est pas du tout le conseil ou un conseil; c’est une obligation absolument aussi stricte que possible pour tout homme sans aucune exception Le prédicateur peut dire que Dieu a choisi cette jeune fille pour être religieuse de préférence à bien d’autres qu’il laisse dans le monde, très bien; mais qu’il n’aille pas dire que Dieu l’a choisie pour la perfection de préférence aux autres.  C’est absolument faux!  Que le St-Esprit enfin ouvre les yeux spirituels des prêtres et surtout des religieux sur la vérité de cette question de perfection.  Je termine en répétant les paroles de St-Jean Chrysostome: «Ce qui a bouleversé le monde, c’est qu’on s’est imaginé que le moine seul est tenu à la perfection de la règle évangélique, mais que les autres peuvent vivre dans le relâchement.  Il n’en est point ainsi, certes non, il n’en est point ainsi.  «Nous sommes tous obligés à la même perfection…!»

mardi 15 novembre 2016

Père Emmanuel - Foi et sentiment religieux

CINQUIÈME LETTRE.

La foi n’est pas remplacée par le sentiment.

Madame,

Attaquée de tant de côtés, la foi est devenue rare aujourd’hui dans les âmes. A mesure que les temps avancent, nous marchons vers l’accomplissement de la parole de Notre-Seigneur : « Lorsque le Fils de l’homme viendra, penses-tu qu’il trouvera de la foi sur la terre ? » (Saint Luc, X V Ill. 8.)

Ce que je tiens à vous faire remarquer, Madame, c’est que toutes les âmes que nous voyons n’avoir plus la foi, l’ont eue au moins à leur baptême. Ces âmes-là sont dans un état bien différent des infidèles qui n’ont jamais eu la foi. La foi est un bien si grand, que quand il est entré dans une âme, il y en reste toujours quelque chose.

Saint François de Sales dit, au sujet de la charité, que a la charité étant séparée de l’âme par le péché, il y reste « maintefois une certaine ressemblance de charité, qui nous peut décevoir et amuser vainement.» {Traité de l’amour de Dieu, Liv. IV, Ch. X .)

Nous pouvons dire la même chose de la foi. Quand le manque d’instruction chrétienne, ou quand une éducation systématiquement impie a fait perdre à un chrétien le don de la foi qu’il avait reçu à son baptême, il y reste ordinairement une certaine ressemblance de foi, qui nous peut dé­cevoir et amuser vainement.

Cette ressemblance de foi, parce qu’elle est ressemblance, n’est qu’une image de la foi ; c’est une foi en image, ou si vous voulez, en imagination ; c’est ce qu’on appelle, dans une certaine langue, des sentiments religieux.

 Les sentiments religieux î une sorte de cadeau que certains hommes veulent bien faire à Dieu, qui doit leur en être fort obligé ; un fonds de bienveillance plus ou moins vivement senti de l’homme pour Dieu ; une sorte de politesse, de bon ton, de bon goût de l’homme vis à-vis de Dieu : oui, tout ce que l’on voudra dans ce genre qui oblige peu, qui ne gêne point, qui s’accommode à tout, se prête à tout, ne compromet rien ; c’est là, le plus souvent, ce qu’on entend par des sentiments religieux, mais ce n’est pas là la foi.

Comme la ressemblance de la charité nous peut décevoir et amuser vainement, la ressemblance de la foi nous peut décevoir et nous déçoit souvent, nous peut amuser et nous amuse souvent.

Et comment cela, me direz-vous ?

La réponse est facile.

Un chrétien, pour plaire à Dieu, doit faire des actes de foi souvent. Dans la prière, dans la pratique d’une vie chrétienne, dans la réception des Sacrements, le chrétien doit, par une obligation rigoureuse, pratiquer la foi, en faire l’acte intérieur avec plusieurs des actes extérieurs de la vie chrétienne.

C’est là le devoir.

Or, le danger, la déception consisterait à faire ces actes de la vie chrétienne, non avec la foi, mais avec la ressemblance de la foi ou les sentiments religieux.

La foi est alors remplacée par le sentiment ; la réalité par l’imagination. On peut, dans cet état, faire bien des prières sans prier ; se confesser sans s’amender, et recevoir l’Eucharistie sans s’unir à Jésus-Christ.

D’après ce que j’ai ouï dire à un Evêque d’une part, et d’autre part à un missionnaire qui a parcouru toute la France, et s’est rendu compte très attentivement de l’état des âmes, il paraîtrait que sur bien des points nous en sommes là aujourd’hui, faisant avec l’image de la foi les œuvres qu’il faudrait faire avec la foi.

Ceci vous aidera à comprendre, Madame, une chose dont vous souffriez beaucoup en un certain jour, où vous aviez été à même de reconnaître qu’un bon nombre de chrétiens, se disant dévots et pratiquants, ont tous absolument les mêmes vices que les mondains non pratiquants. Ils pratiquent, hélas ! mais la foi n’est pas le principe de leurs actes de religion ; ils sont chrétiens en imagination, et vicieux comme tant d’autres en réalité.

Rappelez-vous, Madame, un très court petit mot du Père Lacordaire : « La foi, c’est la foi ! » Disons ensemble : Credo !

Agréez, Madame, etc.


SIXIÈME LETTRE

Quelle différence il y a entre la foi et le sentiment religieux.

Madame,

Vous avez lu avec attention ma précédente lettre, et vous me demandez de vous faire bien saisir la différence qu'il y a entre la foi et le sentiment religieux.

La besogne me sera facile ; je souhaite que mon travail vous soit utile. Le sentiment religieux, Madame, est un don de Dieu assurément. C’est un bien, un bien de l’ordre naturel.

Le sentiment religieux est la conséquence naturelle de notre qualité de créatures, comme le respect des parents est naturel à l’enfant.

Le sentiment religieux est ainsi le respect que nous avons, comme créatures, pour notre Père qui est dans les Cieux, et qui, par le fait seul de notre création, nous regarde comme ses enfants, et nous donne à tous le pain de chaque jour, la lumière de son soleil, les fruits de la terre, la vie, la santé, et mille autres biens, également de l’ordre naturel.

Le sentiment religieux étant naturel à l'homme, se trouve chez tous les hommes, fidèles ou infidèles ; car tous ont ce fond commun de respect pour Dieu, qui quelquefois se traduit par un acte religieux fondé sur le vrai, comme chez nous chrétiens ; quelquefois par un acte religieux entaché d’erreur comme chez les infidèles, les idolâtres, etc.

Il y a des peuples chez lesquels le sentiment religieux est très profond, et cela naturellement, par exemple chez les Arabes. Un Arabe ne manquera jamais à sa prière du matin, à celle du midi, à celle du soir. Il entend le muezzin crier du haut du minaret la formule sacrée : La Allah, etc.

Aussitôt il se met en prière, qu’il soit en compagnie, qu’il soit au milieu d’une place, qu’il soit à n’importe quel travail ; l’heure est venue, il prie. Par ce même sentiment religieux, l’Arabe rapporte tout à la volonté de Dieu ; les accidents de la vie, la santé, la maladie, la mort même, il ramène tout à Dieu, et en toutes circonstances, il répète : Dieu est grand !

Voilà le sentiment religieux dans toute sa puissance.

Mais, souvenez-vous, Madame, que notre nature est dé­chue en Adam ; et, d’une nature déchue, il ne peut venir qu’un sentiment religieux lui aussi frappé de déchéance. La nature ne peut se relever d’elle-même ; et le sentiment religieux purement naturel ne peut absolument pas ramener l’homme à Dieu, ni le tirer du péché.

Aussi, avec toute sa religiosité naturelle, l’Arabe conservera tous les vices qui lui sont malheureusement naturels aussi : il sera vaniteux, il sera menteur, il sera voleur ; il pratiquera l’hospitalité, mais sachant par où son hôte devra passer, il enverra quelqu’un le dévaliser, ou bien ira lui-même faire à l’écart ce qu’il n’aurait jamais voulu faire sous sa tente.

Par là vous pouvez reconnaître le trait caractéristique du sentiment religieux purement naturel ; il ne voit rien, il ne veut rien, il ne peut rien contre le péché.

Le sentiment religieux, quand il demeure à l’état naturel, est indifférent en matière de religion. Il s’accommode de tout, il s’arrange de tout, il se prête à tout, et ne se livre à rien. Pardon, il peut se livrer à la franc-maçonnerie, là du moins où les maçons veulent bien reconnaître h Grand Architecte, comme ils disent.

Je voulais, Madame, vous montrer ce premier tableau. J’arrive à un second. La foi n’est pas un sentiment, la foi n’est pas de l’ordre naturel.

La foi est l’assentiment de notre esprit à la vérité révé­lée de Dieu. C’est un bien qui ne dérive point de notre nature, mais qui lui est donné d’en haut pour la guérir.

La foi est essentiellement purifiante. Fide purificans corda. (Act. XV. 9.)

Elle éclaire l’esprit, le dépouille de l’erreur : elle redresse l’homme tombé, le replace dans la voie de Dieu ; elle pose la base de l’œuvre du salut ; elle achemine l’homme vers tout bien.

La foi est essentiellement fortifiante. Confortalus fide, dit saint Paul (Rom. IV. 20.) Et encore : Fide stas, Si tu es debout, c’est par la foi. (Id, X I. 20.)

La foi est vivifiante : Le juste vit de la foi, dit toujours saint Paul. (Gal. III. 11.)

Si le sentiment religieux nous laisse de glace pour Notre-Seigneur Jésus-Christ, il n’en est pas de même de la foi ; elle le rend présent, vivant dans nos cœurs ; Christum habitare per fidem in cordibus vestris. (Eph. III. 17.)

La foi est le principe d’un monde nouveau, régénéré en Jésus-Christ Notre-Seigneur ; la foi c'est la lumière avant-coureur des splendeurs de l’éternité où nous verrons Dieu; la foi, c’est la mère de la sainte espérance et de la divine charité.

La foi est sur la terre la source pure de toutes les consolations vraies. C’est encore saint Paul qui nous dit cela. Simul consolari per eam quae invicem est, fidem vestram atque meam ; Nous consoler ensemble par la foi qui nous est commune, à vous et à moi. ( Rom . I. 12 .)

Quand on parle de la foi, Madame, saint Paul est un maître incomparable. Je lui emprunte un dernier mot pour terminer cette lettre : Saluta eos qui nos amant in fide. Saluez ceux qui nous aiment dans la foi !

Disons ensemble : Credo !


Agréez, Madame, etc.



Extrait de Lettre à une mère sur la Foi

vendredi 2 septembre 2016

Père Onésime Lacouture - 2-17 - La divinité de Jésus


SEIZIÈME INSTRUCTION
LA DIVINITÉ DE JÉSUS.

«Le grand-prêtre lui dit: Je t’adjure par le Dieu vivant de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu?  Jésus lui répondit: Tu l’as dit: mais je vous le déclare dès ce jour, vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel.» Mt.  26-53.

Plan Remarque: (Pénitence concrète.  (Jésus s’affirme le Fils de Dieu.  Nécessité de s’en convaincre: (Il nous donne une doctrine divine.  (Il nous offre le ciel.  (Enumération des prophéties.  (Prophéties: …… (Prouvent l’intervention divine.  (Prouvent la mission divine de Jésus.  Preuves: (Leurs caractères.  (Miracles de Jésus: (Confirment les prophéties. 

(Prouvent sa divinité.

REMARQUE  Avant d’aller plus loin dans la vie de Jésus, il est bon de nous arrêter à sa divinité, non pas comme on le fait dans une classe de théologie, mais comme on doit procéder dans une méditation du coeur.  Il ne s’agit pas d’analyser les preuves de sa divinité, mais de repasser les principales pour en nourrir le coeur afin d’en tirer profit pour notre vie spirituelle.

Il est évident que la conviction pratique de la divinité de Jésus fait défaut dans les deux clergés et par suite chez les fidèles.  Il faut être à moitié convaincu pour mener une vie incolore, inodore et insipide comme tant de chrétiens le font dans tous les rangs de la société.  Que ce soit par ignorance ou par légèreté d’esprit le fait est là qu’un très grand nombre de catholiques sont saturés de principes purement naturels et conduits par une mentalité païenne.  Ils vivent parfaitement à l’aise avec les mondains, avec les protestants, avec les agnostiques, ce qu’ils ne pourraient pas faire s’ils avaient une mentalité vraiment chrétienne.  Comment peuvent-ils être convaincus de sa divinité et le servir si mal?

Je sais bien qu’en théorie on admet la divinité de Jésus, mais c’est dans la pratique qu’on le nie par des actions contraires à Jésus; c’est donc qu’elle n’est pas entrée suffisamment dans la volonté ou dans le coeur, parce que de là elle passerait sûrement dans la vie pratique et concrète.  Quand on aime une chose, cela se manifeste de toutes sortes de façons dans la vie ordinaire de chaque jour.  Ceux, par exemple, qui aiment le sport, le montrent des centaines de fois par jour, dans leurs pensées, dans leurs paroles et dans leurs actions; il en serait ainsi, si on était convaincu de la divinité de Jésus, on serait content d’y croire et de l’aimer comme notre Dieu.  C’est pour obtenir ce bon résultat que nous allons repasser les preuves de sa divinité, non pas encore une fois selon l’érudition d’une classe de théologie, mais simplement pour goûter cette fois dans le coeur ce que Dieu a fait pour nous faire croire à sa divinité en Jésus d’une façon concrète afin que cette foi passe dans toute notre vie pratique de chaque jour.  Nécessité de s’en convaincre

Nous n’avons pas besoin de la foi en la divinité de Jésus pour vivre en païen à la dérive du courant naturel de nos passions et de nos tendances humaines.  Mais dès qu’on veut vivre selon les exigences de la foi et suivre Jésus, c’est toute une révolte de la nature.  Seule une foi solide en la divinité de Jésus peut courber toutes ces résistances innées.  Jésus le dit que c’est par notre foi que nous vaincrons le monde.  Par conséquent aussi seuls ceux qui veulent vivre comme Jésus sentiront le besoin de s’affermir dans cette conviction qu’il est vraiment Dieu et qu’il faut à tout prix faire ce qu’il demande de nous quelque pénible que ce soit pour la nature.  Jésus s’affirme le Fils de Dieu et de la façon la plus catégorique et le ciel a ratifié ses affirmations par des preuves irréfutables comme nous allons voir dans les prophéties et dans les miracles, ce qu’il ne pouvait pas faire si Jésus mentait.  Repassons quelques-unes de ces affirmations.  Jo.  5-22: «Comme le Père ressuscite les morts et leur rend la vie à qui il lui plaît, ainsi fait le Fils.» «Le Père ne juge personne, mais il a donné tout pouvoir de juger au Fils, afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père.» Dieu seul peut donner la vie et juger les hommes et Jésus réclame ces deux choses pour lui; c’est donc dire qu’il est vraiment Dieu comme son Père.  J.  935: A l’aveugle-né qu’il vient de guérir il demande: «Croyezvous au Fils de Dieu?» L’aveugle lui répond: «Qui est-il, Seigneur, afin que je crois en lui?» Jésus lui dit: «C’est moi qui te parle.» Dans le texte cité en tête de cette instruction, Jésus affirme le plus catégoriquement possible qu’il est Fils de Dieu et cela sur l’adjuration officielle du grand prêtre Caïphe et devant les docteurs de la Loi.  Ce n’est pas seulement une espèce d’impression que Jésus a d’être Dieu, mais il l’affirme avec une force extraordinaire et surtout le prouve par sa façon d’agir.  Il a ressuscité des morts en son nom et par sa parole; bien plus il se ressuscitera lui-même comme il l’a promis.  Jésus ne prétend pas qu’on va le croire sur parole, mais toujours il en appelle aux prophéties ou aux miracles qu’il opère pour confirmer son affirmation d’être Dieu.

Il nous donne une doctrine divine.  Sa doctrine dépasse les tendances naturelles et les lumières de la raison seule; elle veut nous faire vivre une vie toute divine comme dans le ciel; elle enseigne le mépris des créatures, le renoncement à son jugement et à sa volonté; elle loue ce que les hommes détestent et fait mépriser ce que les hommes aiment; elle n’est donc pas humaine, mais bien au-dessus de la nature humaine.  Elle exige l’amour du prochain, même des ennemis et veut qu’on leur fasse du bien.  Jamais cela ne serait entré dans la tête d’un homme laissé à lui-même.  Elle met l’amour de Dieu au-dessus de tout au monde.  Cette doctrine bien pratiquée met la paix et la charité dans le monde, comme on l’a vu dans les premiers siècles de l’Eglise.  Les païens disaient des chrétiens: «voyez comme ils s’aiment!» Tout était en commun pour eux; tous cherchaient à faire le plus de bien possible au prochain.  Les pauvres étaient alors les amis des riches.  Cette doctrine si parfaite qui apportait la vie du ciel sur la terre est évidemment de Dieu seul: c’est Jésus qui nous l’a apportée et elle est divine comme lui.  C’est quand on se décide de la suivre et de la vivre que l’on voit combien elle dépasse la nature humaine et combien il faut la grâce de Dieu pour pratiquer cette doctrine sérieusement.  Jamais aucun homme n’a pu trouver une doctrine si contraire à la façon de penser et d’agir des hommes, et cependant faisant le bonheur des hommes quand ils la pratiquent, tout en leur donnant l’idée et l’espérance solide d’une bienheureuse éternité.  Elle dépasse donc les hommes comme Jésus les dépasse: elle est divine comme Jésus est divin.  Ceux qui n’acceptent de pratiquer justement ce qui dépasse la raison, rejettent aussi dans Jésus tout ce qui dépasse l’humain donc ils renient la divinité de Jésus.  L’Ecriture est la parole de Jésus, il faut donc porter le même jugement sur elle que sur lui.  Que ceux qui ne veulent pas pratiquer l’amour des ennemis, le mépris concret des choses du monde, le renoncement à soi, en un mot, la folie de la croix, craignent pour leur salut, car ils rejettent Jésus dans la même mesure.

Il nous offre le ciel.  Pour la très grande masse des chrétiens ce mot n’a plus sa force réelle.  Comme les prêtres ne parlent jamais des limbes en expliquant le ciel, et qu’ils l’opposent toujours à l’enfer, nos gens appliquent au ciel la notion qu’ils ont des limbes; c’est un endroit juste au-dessus de l’enfer; pour eux dès qu’on ne brûle pas on est dans la vision béatifique.  Ce n’est pas vrai!  Le ciel n’est pas simplement l’absence de souffrance et la jouissance des bonnes choses créées comme sur la terre.  On voit que c’est la même erreur que pour la grâce sanctifiante, comme si elle n’était que l’absence du péché mortel.  C’est une participation réelle à la vie divine.  Eh bien!  le ciel est cette même participation réelle à la vie trinitaire dans la gloire du ciel.  Si nous pensions tous plus à ce que signifie réellement le mot ciel, il nous aiderait à admettre la divinité de Jésus.  Seul un Dieu peut nous faire participer à l’activité de Dieu, au bonheur de la Sainte-Trinité.  C’est ce bonheur que Jésus vient nous mériter et nous offrir.  Des milliers d’années avant sa venue, il commence par donner cette espérance au monde: Pas un homme n’aurait jamais pu faire cela.  L’idée est vague d’abord, mais se précise graduellement afin de préparer les hommes à accepter une vérité qui les dépasse absolument.  Ps.  35-9: «A l’ombre de tes ailes, les fils de l’homme cherchent un refuge, ils s’enivreront de la graisse de ta maison et tu les abreuveras au torrent de tes délices.  Car auprès de toi est la source de la vie, et dans ta lumière nous voyons la lumière.» Il nous faut la lumière divine de la foi sur terre et de la gloire au ciel pour voir Dieu qui est la Lumière.

Is.  5: «Je vis le Seigneur assis sur un trône haut et élevé… des Séraphins se tenaient devant lui… et ils disaient: Saint, saint, saint est Yahveh des armées, toute la terre est pleine de sa gloire.» Is.  33-15: «Celui qui marche dans la justice et qui parle avec droiture… habitera dans les lieux élevés… son pain lui sera donné et ses eaux ne tariront jamais.  Tes yeux contempleront le Roi dans sa beauté.» Le Nouveau Testament est autrement explicite.  Jean 6-40: «La volonté de mon Père qui m’a envoyé est que quiconque voit le Fils et croit en lui, ait la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour.» Jean.  14: «Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père et je vais vous préparer une place.» Jean 17: «Or, la vie éternelle est qu’ils vous connaissent, vous le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ que vous avez envoyé… je veux que là où je suis, ceux que vous m’avez donnés soient aussi avec moi afin qu’ils contemplent ma gloire que vous m’avez donnée avant la création du monde.» 1 Cor.  2-9: «L’oeil de l’homme n’a jamais vu, l’oreille n’a point entendu et le coeur de l’homme n’a jamais compris ce que Dieu réserve à ceux qui l’aiment.» 1 Cor.  13-12: «Nous voyons maintenant à travers un miroir en énigme, mais alors, nous verrons face à face.  Maintenant je vois imparfaitement; mais alors, je connaîtrai aussi bien que je suis connu moi-même.» 1 Jean.  3-2: «Mes bien-aimés, nous sommes dès maintenant les enfants de Dieu, mais ce que nous serons un jour ne paraît pas encore.  Nous savons que lorsqu’il se montrera, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est.» Jésus nous affirme donc que nous sommes destinés à la vision béatifique et il enseigne clairement que personne ne peut arriver là que par lui.  «Personne ne vient au Père que par moi.» Il n’y a qu’un Dieu pour nous conduire au bonheur de Dieu.  Nous devons donc nous pénétrer profondément que Jésus affirme qu’il est Dieu, qu’il nous donne une doctrine divine et qu’il nous offre le ciel que personne autre ne peut donner.  Si nous acceptons un point, il faut les accepter tous!  et dans leur intégrité totale.  On ne partage pas Dieu, on ne peut pas lui dire qu’on l’accepte sur un point et qu’on ne le veut pas sur d’autres points: c’est détruire Dieu même.  preuves.

Nous avons vu les affirmations de Jésus, le divin de sa doctrine et le terme divin qu’il nous offre, voyons maintenant sur quoi s’appuie pour nous ce divin.  Nous avons la plus forte preuve que Dieu pouvait nous donner tout en nous laissant libres d’y acquiescer.  Quand on examine en détails ces preuves, un esprit sérieux ne peut pas s’empêcher de voir là la main de Dieu pour nous convaincre de la divinité de Jésus.

Les prophéties Saint Pierre, qui avec deux autres Apôtres, a vu Jésus transfiguré sur le Thabor et parlant avec Moïse et Elie, a entendu la voix du Père disant du haut du ciel: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis mes complaisances»; cependant il dit que la preuve des prophéties est encore plus forte.  2 Pierre 1-19: «Et nous entendîmes nous-mêmes cette voix qui venait du ciel, lorsque nous étions avec lui sur la montagne sainte.  Nous avons encore une preuve plus frappante dans les oracles des prophètes, sur lesquels vous faites bien d’arrêter vos yeux, comme sur une lampe qui luit dans un lieu obscur jusqu’à ce que le jour vienne à paraître et que l’étoile du matin se lève dans vos coeurs.»

Jésus lui-même dit aux Juifs de ne pas le croire sur parole mais sur ce qui est écrit de lui.  (Jean 5-46): «J’ai un témoignage plus grand que celui de Jean, car les oeuvres que mon Père m’a donné de faire rendent témoignage de moi, que le Père m’a envoyé.  Scrutez les Ecritures, puisque vous croyez y trouver la vie éternelle; ce sont elles qui rendent témoignage de moi.»

Enumération des prophéties.  Avant d’aller plus loin, repassons quelques-unes de ces prophéties, pas pour en faire une discussion comme en classe, mais encore une fois, simplement pour nous nourrir le coeur et exciter notre foi pratique.  Au début, elles sont vagues, mais se précisent avec le temps.  Ces prophéties sont sûrement authentiques puisque les livres saints ont été traduits en grec vers 300 ans avant JésusChrist et donc avant leur accomplissement.  Personne du temps ou après Jésus a pu les intercaler dans le texte primitif.  Ce point est important pour nous donner une grande confiance dans ces prophéties.  Genèse 2-15: «Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité, celle-ci te meurtrira à la tête et tu la meurtriras au talon.» Dès la chute de l’homme Dieu annonce une guerre à mort entre la race d’Adam et celle de Satan.  Genèse 22-16: «Je l’ai juré par moi-même, dit Yahweh, parce que tu as fait cela et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, je te bénirai, je multiplierai ta postérité comme les étoiles du ciel et comme le sable de la mer; et ta postérité possédera la porte de ses ennemis: «En ta postérité seront bénies toutes les nations de la terre.» Or Jésus est un descendant d’Abraham.  Genèse 26-14: à Isaac: «Je tiendrai le serment que j’ai fait à Abraham ton père.  Je multiplierai ta postérité comme les étoiles du ciel et je donnerai à ta postérité toutes ces contrées, et en ta postérité seront bénies les nations de la terre.» Dieu indique que le Messie descendra d’Isaac.  Il dit la même chose à Jacob, 26-13.  Genèse 49-8: «Toi, Juda, tes frères te loueront; ta main sera sur le cou de tes ennemis, les fils de ton père se prosterneront devant toi.  Le sceptre ne s’éloignera pas de Juda, ni le bâton de commandement d’entre ses pieds, jusqu’à ce que vienne Schiloh (le Pacificateur); c’est à lui que les peuples obéiront. 

Nous avons là la première indication du temps de la venue du Messie.  Les grands-prêtres diront à Pilate: «Nous n’avons pas d’autre roi que César!» Le sceptre était donc passé en des mains étrangères et les Juifs savaient que le temps du Messie était venu.  Voici maintenant un élément extraordinaire qui est introduit dans les prophéties: la passion et la mort ignominieuse du Messie.  Jamais des hommes auraient traité leur héros de cette façon pour le glorifier.  Les hommes en sont scandalisés et ils regardent tout cela comme folie.  Cela ne peut venir que de Dieu.  David Ps.  21: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné?  Qu’il s’abandonne à Yahweh, qu’il le sauve, qu’il le délivre puisqu’il l’aime!  (C’est justement ce que diront les Juifs au pied de la croix de Jésus).  Autour de moi sont de nombreux taureaux… il ouvrent contre moi leur gueule… tu me couches dans la poussière de la mort, car des chiens m’environnent, une troupe de scélérats rôdent autour de moi; ils ont percé mes mains et mes Pieds, je pourrais compter tous mes os.  Ils se partagent mes vêtements, ils tirent ma tunique au sort.» C’est une des plus belles prophéties et des plus probantes parce qu’elle est remplie de détails insignifiants mais typiques qui ne peuvent se dire d’aucun autre que de Jésus.  Isaïe, 53, décrit la passion de Jésus surtout au point de vue de ses humiliations et des souffrances intérieures qui ne peuvent pas venir des hommes pour glorifier leur héros qu’ils auraient inventées.  «Il était méprisé et abandonné des hommes, homme de douleurs et familier avec la souffrance, comme un objet devant lequel on se voile la face, en butte aux mépris, nous n’en faisions aucun cas… Vraiment, c’était nos maladies qu’il portait et nos douleurs dont il était chargé; et nous, nous le regardions comme un puni, frappé de Dieu et humilié.  Mais lui, a été transpercé à cause de nos péchés, broyé à cause de nos iniquités; le châtiment qui nous a donné la paix a été sur lui et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris.  On le maltraite… et il se soumet et n’ouvre pas la bouche, semblable à un agneau qu l’on mène à la tuerie et à la brebis muette devant ceux qui la tondent… on lui a donné son sépulcre avec les méchants et dans sa mort il est avec le riche, alors qu’il n’a pas commis d’injustice et qu’il n’y a pas de fraude dans sa bouche.» Michée, 5-3, annonce qu’il naîtra à Bethléem.  «Et toi, Bethléem, Ephrate, quoique petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit être Dominateur en Israël et ses origines dateront des temps anciens, de jours de l’éternité.» C’est donc l’Eternel qui naîtra à Bethléem.  Quand les Mages demandent aux prêtres où doit naître le Messie, ils savent bien que c’est à Bethléem.  Leur seule raison d’être était d’annoncer le Messie; ils auraient dû prévenir les Mages à Bethléem!

Isaïe, 9, annonce où le Messie commencera son ministère:

«Comme le premier temps a couvert d’opprobre le pays de Zabulon et le pays de Nephtali, le dernier temps remplira de gloire le chemin de la mer, le pays d’au-delà du Jourdain et le district des nations.  Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière et sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre de la mort, la lumière a resplendi.» Isaïe, 9-5: «Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné; l’empire a été posé sur ses épaules et on lui a donné pour nom: Conseiller, Admirable, Dieu fort, Père éternel, Prince de la paix, pour étendre l’empire et pour donner la paix sans fin au trône de David et à sa royauté, pour l’établir et l’affermir dans le droit et la justice maintenant et toujours.

Isaïe, 55: «Prenez courage, ne craignez point: Voici votre Dieu, la vengeance vient, une revanche divine; il vient Luimême et il vous sauvera.  Alors s’ouvriront les yeux des aveugles, alors s’ouvriront les oreilles des sourds; le boiteux bondira comme le cerf et la langue du muet éclatera de joie.» Quand J.  Baptiste envoie ses disciples demander à Jésus qui il est, Jésus retient les envoyés, puis fait tous ses miracles devant eux et les renvoie en leur citant ces paroles d’Isaïe.  Dan.  2-44, en expliquant le songe à Nabuchodonosor au sujet de la statue de différents métaux, dit: «Dans le temps de ces rois, le Dieu du ciel, suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit et dont la domination ne sera point abandonnée à un autre peuple; il brisera et anéantira tous ces royaumes-là et lui-même subsistera à jamais.» Puis Daniel indique le temps exact de la venue du Messie.  Dan.  8-22: L’Ange dit à Daniel: Soixante-dix semaines ont été déterminées sur ton peuple et sur la ville sainte pour enfermer la prévarication, pour sceller les péchés et pour expier l’iniquité et pour amener la justice éternelle, pour sceller vision et prophètes et pour oindre le Saint des saints.  Sache donc et comprends: depuis la sortie d’un édit ordonnant de rebâtir Jérusalem jusqu’à un oint, un chef, il y a sept semaines et soixante-deux semaines; elle sera rebâtie, places et enceintes, dans la détresse des temps.  Et après soixante-deux semaines un Oint sera retranché et personne pour lui.  Et le peuple d’un chef qui viendra détruire la ville et le sanctuaire et sa fin sera dans l’inondation et jusqu’à la fin il y aura guerre, ce qui est décrété touchant la dévastation.  Il conclura une alliance ferme avec un grand nombre pendant une semaine et au milieu de la semaine il fera cesser le sacrifice et l’oblation et sur l’aile des abominations viendra un dévastateur et cela jusqu’à la destruction et ce qui a été décrété se répandant sur le dévasté»…

Ces semaines sont des semaines d’années, donc 490 ans après l’édit d’Artaxerxès Longuemain I, dans la 20e année de son règne.  Esd.  2-8.  Aggée, 2-7, annonce que Jésus viendra dans le temple bâti pour Zorobabel: «J’ébranlerai toutes les nations et les trésors de toutes les nations viendront et je remplirai de gloire cette maison… grande sera la gloire de cette maison, la dernière plus que la première et en ce lieu je mettrai la paix.» On désigne souvent le Messie par: la Paix.  Malachie, 3: «Voici que j’envoie mon messager et il préparera le chemin devant moi (J.  Baptiste), soudain viendra dans son temple le Seigneur que vous cherchez, l’ange de l’alliance que vous désirez.  Voici il vient, dit Yahveh des armées.  Et qui soutiendra le jour de sa venue et qui restera debout quand il apparaîtra?  Car il sera comme le feu du fondeur, comme la potasse des foulons… il pacifiera les fils de Lévi et les épurera comme l’or et l’argent.» Deut.  28-15.  Moïse prophétise les châtiments du peuple juif s’il ne reste pas fidèle à Dieu.  Cela ne concerne pas Jésus directement, mais montre que celui qu’ils ont rejeté était bien le Messie, fils de Dieu.  

Elle confirme les autres prophéties.  «Si tu n’obéis pas à la voix de Yahveh, ton Dieu (qu’il manifestait par les prophètes) voici toutes les malédictions qui viendront sur toi.  Yahveh fera partir contre toi de loin, des extrémités de la terre, une nation à la marche rapide comme le vol de l’aigle (les Romains) nation dont tu n’entendras pas le langage, nation à l’aspect farouche qui n’aura d’égard ni pour le vieillard ni pour l’enfant.  Elle dévorera le fruit de tes troupeaux et le fruit de ton sol jusqu’à ce que tu sois détruit.  Elle t’assiégera dans toutes tes portes jusqu’à ce que tombent dans tout le pays tes murailles hautes et fortes, dans lesquelles tu auras mis ta confiance, tu mangeras le fruit de tes entrailles, la chair de tes filles et de tes fils, tant sera grande l’angoisse et la détresse où te réduira ton ennemi».  Tout cela s’est passé et vérifié dans la prise de Jérusalem par les Romains en 70.  «Yahveh te dispersera parmi tous les peuples, d’une extrémité de la terre à l’autre, et là tu serviras d’autres dieux que n’ont pas connus ni toi ni tes pères, de bois et de pierres.  Parmi les nations mêmes tu ne seras pas tranquille et il n’y aura pas un lieu de repos pour la plante de tes pieds; là Yahveh te donnera un coeur tremblant, des yeux éteints et une âme languissante.  Ta vie sera comme en suspens devant toi, tu trembleras la nuit et le jour et tu ne croiras pas à ta vie.  Le matin tu diras: Que ne suis-je au soir?  et le soir tu diras: Que ne suis-je au matin?  à cause de la crainte qui agitera ton coeur et des choses que tes yeux verront…» Cette prophétie s’est toujours réalisée pour les Juifs, mais comme elle est encore plus vraie durant ces guerres mondiales où les Juifs sont si persécutés et massacrés par milliers et par millions!  C’est évident que pareil châtiment leur vient d’avoir rejeté leur Dieu; jamais le ciel les aurait puni des siècles de temps et si durement pour la mort d’un seul homme.  C’est parce qu’ils ont rejeté leur Dieu qu’ils sont punis aussi de cet aveuglement qui les empêche après 19 siècles de croire à la divinité de Jésus.  C’est parce que cette preuve des prophéties est la plus forte que Dieu pouvait nous donner qu’il punit si sévèrement les Juifs de n’y pas avoir cru.  N’imitons pas la dureté des Juifs si nous ne voulons pas participer à leurs affreux châtiments!  La force des prophéties se trouve dans leur ensemble.  C’est comme si une trentaine d’artistes faisaient le portrait d’un homme qu’on n’a pas vu, que la plupart ne connaissent pas et qui vivent dans différents siècles.  Comment pourraient-ils faire ainsi le portrait parfait, disons d’un Napoléon?  Ou encore, si on prend un seul trait de ce portrait, il pourrait bien s’appliquer à plusieurs hommes; ce n’est que dans l’ensemble qu’ils peuvent faire le portrait d’un homme en particulier.  De même pour les prophéties, on peut dire que Jésus n’est pas le seul à naître à Bethléem, pas le seul à être crucifié, etc.  Mais c’est quand on les prend toutes ensemble qu’elles ne peuvent plus s’appliquer à autre qu’à Jésus.

Plusieurs sont assez vagues et même insignifiantes, c’est vrai et c’est ce qui fait leur force.  Des hommes n’auraient jamais donné de pareils détails pour un héros qu’ils auraient voulu imaginer, par exemple, ce qui arriva à sa mort: être abreuvé de vinaigre, crucifié entre deux larrons, aucun os brisé quand ceux des deux autres le sont, sa tunique tirée au sort, etc.  Aucun Juif n’a jamais vu d’importance dans tous ces détails qui n’ont de force qu’une fois accomplis en Jésus.  Dans les révélations tout homme peut s’illusionner, mais dans les prophéties il n’y a pas d’illusion possible.  Dieu seul pouvait coordonner toutes ces prophéties sur un seul homme, Jésus.  Rien au monde ne peut mieux prouver l’intervention divine.  Servons-nous donc de cette preuve, la plus belle et la plus forte que Dieu pouvait nous donner tout en nous laissant libres pour que nous ayons du mérite à l’accepter.  Pas un seul fondateur de religion n’a eu ainsi sa vie toute écrite jusque dans les moindres détails des siècles avant son apparition.  Dieu seul pouvait le faire… et il dit qu’il l’a fait pour son Fils Dieu comme lui: «Voici mon Fils bien-aimé, en qui j’ai toutes mes complaisances, écoutez-le»!  Il le faut sous peine de damnation… et pour avoir la vie éternelle avec lui au ciel… Elles prouvent donc l’intervention divine.  C’est ce que l’on vient de montrer.  Elles prouvent la mission divine de Jésus.  Ces deux vérités sont comme les corollaires de la preuve des prophéties.  Puisque Dieu est intervenu spécialement pour préparer ainsi la venue du Messie, c’est donc qu’il approuve son oeuvre et sa mission dans le monde.  Il le prépare précisément pour cet oeuvre.  Ce divin dans la préparation est le gage du divin dans sa mission surtout quand Jésus dit constamment qu’il est venu accomplir l’oeuvre que son Père lui a confiée et qu’il montre bien que cette oeuvre est divine puisque c’est expier l’offense faite à Dieu et racheter le monde pour que les hommes puissent aller au ciel contempler Dieu dans la vision béatifique.

Les miracles de Jésus.  Aux Juifs qui l’accusent d’avoir blasphémé parce qu’il s’est dit le Fils de Dieu, Jésus répond: «Si je ne fais pas les oeuvres de mon Père, ne me croyez pas, mais si je les fais, lors même que vous ne voudriez pas me croire, croyez à mes oeuvres afin que vous sachiez et reconnaissiez que le Père est en moi et que je suis dans le Père.  Jo.  10-37.  Voyons d’abord leurs caractères divins et qui montrent leur origine.  des hommes ne procéderaient jamais de cette façon.

Leurs caractères.  ils sont simples, nombreux, prédits, charitables et symboliques de la doctrine de Jésus.  Simples.  Comme Jésus les fait pour attirer l’attention des hommes sur l’invisible divin de la foi, il met le moins possible de sensible.  Comme les hommes et les démons sont pour les choses sensibles, ils aiment ce qui frappe l’esprit et le clinquant, comme on peut voir par les miracles des évangiles apocryphes.  Jamais Jésus a fait des miracles pour épater les gens; il les fait toujours pour éveiller l’attention sur le monde invisible de Dieu.  Nombreux.  Les évangélistes en signalent une quarantaine, mais d’après les dernières paroles de S.  Jean il est certain que Jésus en a fait beaucoup d’autres.  Les évangélistes disent: il guérit tous ceux qui se présentaient, mais ils ne donnent pas de détails.  Il en faisait à la journée.  Ils s’intercalent dans sa vie comme la trame dans un tissu.  Comme il guérissait tous ceux qui se présentaient, les foules accouraient à lui, car on sait comme le peuple court vite après les faiseurs de miracles!  Prédits comme dans le texte d’usage déjà cité plus haut.  c.  35: «Il vient Lui-même et il vous sauvera.  Alors s’ouvriront les yeux des aveugles, alors s’ouvriront les oreilles des sourds, les boiteux bondiront comme le cerf et la langue du muet éclatera de joie.» Charitables.  Jésus opère ses miracles pour soulager les misères du prochain et par compassion pour lui.  Jamais il ne les fait pour des motifs intéressés comme les hommes feraient.  Il veut leur donner la foi ou l’augmenter et leur prouver qu’il est Dieu et qu’il y a un monde divin auquel il vient les appeler.  Symboliques des guérisons des maladies spirituelles qu’il veut guérir dans les âmes.  Marc, 5-32: On présente à Jésus un sourd et muet.  Jésus le tirant de la foule, met ses doigts dans les oreilles et de la salive sur la langue et levant les yeux au ciel, il soupire et dit: Epheta, ouvrez-vous!  et il fut guéri.  Jésus n’a pas fait ces gestes pour rien; il voulait nous enseigner les leçons que les Pères de l’Eglise n’ont pas manqué de nous signaler.  Il le tire à l’écart pour montrer que les pécheurs doivent se retirer de leur façon ordinaire de vivre, changer de moeurs et fuir les occasions de péché.  Il met ses doigts dans les oreilles du sourd pour indiquer que c’est par les dons du S.  Esprit qu’il guérit l’aveuglement de l’âme.  L’Action du St-Esprit est indiquée par le doigt: le doigt de Dieu est là.  Il regarde le ciel pour indiquer que tous les dons viennent de là et que les pécheurs doivent prier, puis il soupire pour signifier la contrition que les pécheurs doivent avoir.  Les trois morts ressuscités par Jésus représentent les trois sortes de péchés mortels qui tuent l’âme.  La fille du chef de la synagogue que Jésus ressuscite dans la maison signifie les péchés intérieurs, comme les pensées, les désirs et les consentements.  Le deuxième mort est le Fils de la veuve de Naïm qu’on portait déjà en terre: ce sont les péchés mortels extérieurs qui passent dans les actes.  Enfin Lazare qui était déjà dans le sépulcre représente les pécheurs d’habitude qui restent dans la corruption comme dans un tombeau.  Mt.  92.  Lorsque Jésus guérit le paralytique, il lui dit: «Mon fils, ayez confiance, vos péchés sont remis.  Aux Juifs étonnés, il dit: Lequel est le plus facile de dire: Vos péchés vous sont remis ou de dire, levez-vous et marchez?  Car afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés.  Levez-vous, dit-il au paralytique, emportez votre lit et allez-vous-en dans votre maison.» Celui-ci se leva et s’en alla dans sa maison… Le miracle de Cana prépare les esprits à accepter le changement du vin au sang de Jésus dans l’Eucharistie.  Toutes les sortes de malades autour de la piscine probatique signifient toutes sortes de pécheurs.  La multiplication des pains signifie l’Eucharistie.  Le travail de l’Eglise et ses péripéties sont indiqués dans la pêche miraculeuse, la tempête apaisée et Jésus marchant sur les flots.  Les actes montrent aussi que les Apôtres ont fait plusieurs miracles comme leur Maître et toujours dans l’Eglise il y a eu des Saints qui en ont fait.  Les ennemis de Jésus attaquent ses miracles comme ses prophéties.  Parce que la belle-mère de Pierre aurait pu être guérie par la surprise de voir Jésus, ils voudraient les expliquer tous par de l’autosuggestion!… pour les morts ressuscités???  pour l’aveugle-né?  Inutile de s’attarder à de pareils raisonnements.  Est-ce qu’on va nier l’existence des étoiles visibles, parce que plusieurs ne le sont pas?  que les lois de la nature ne valent rien parce que nous en ignorons un bon nombre?  Confirment les Prophéties qui le déclaraient divin avant sa venue; les miracles le montrent possédant une puissance divine et qu’il est bien le maître de la nature, comme de la vie et de la mort.  C’est une fameuse confirmation des prophéties.  Prouvent sa divinité Jo.  10-23.  Un jour d’hiver Jésus se promenait dans le temple sous le portique de Salomon.  Les Juifs l’entourèrent et lui dirent: «Jusqu’à quand tiendrez-vous notre esprit en suspens?  Si vous êtes le Christ, dites-le nous franchement.» Jésus leur répondit: «Je vous l’ai dit et vous ne me croyez pas; les oeuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage.» Jésus donne donc ses miracles comme preuve de sa divinité.  Ils devraient l’être aussi pour nous!  Les pharisiens sont si convaincus que ses miracles prouvent sa divinité qu’ils décident de le tuer pour empêcher le peuple de le suivre.  Après la résurrection de Lazare ils disent: «Que ferons-nous?  Cet homme opère beaucoup de miracles; si nous le laissons faire, tous croiront en lui et les Romains viendront détruire notre ville et notre nation.» Sa divinité apparaît encore plus quand il fait des miracles en son propre nom, comme lorsqu’il dit au centurion: «J’irai et je guérirai votre fils.» Mt.  8-5.  Quand il communique ce pouvoir aux Apôtres en son nom: «Seigneur les démons mêmes nous sont soumis en votre nom».  Il leur répondit: «Je contemplais Satan tombant du ciel comme la foudre.  Voilà que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds les serpents et les scorpions et toute la puissance de l’ennemi et elle ne pourra vous nuire en rien.» L.  10-17.  Quand il opère des miracles comme preuve de sa divinité, comme dans le cas du paralytique déjà cité.  En Jo.  5-21: «Car comme le Père ressuscite les morts et leur rend la vie ainsi le Fils donne la vie à qui il lui plaît.» Jésus est le seul au monde qui ait fait des miracles en son propre nom.  C’est donc qu’il est le Maître de la nature.  Eh bien!  que ces quelques considérations nous fortifient dans notre foi en la divinité de Jésus; qu’elle soit solide, ferme et constante.  Qu’elle nous fasse accepter sans aucun choix toute la doctrine de Jésus quelque pénible et contraire à la nature qu’elle puisse être.  Qu’on soit logique.  S’il est Dieu, soyons absolument tout à lui et exactement comme il le veut lui-même.  Tout aux choses de Dieu!  doit être notre mot d’ordre à l’avenir!…