lundi 27 juin 2016

Père Onésime Lacouture - 2-16 - Jésus au désert


QUINZIÈME INSTRUCTION

JÉSUS AU DÉSERT.

«Jésus, rempli du St-Esprit, sortit du Jourdain et il fut poussé par l’Esprit dans le désert.  Il y resta quarante jours et il fut tenté par le diable.  Il ne mangea rien pendant tout ce temps-là.» L. 4

Plan Remarque: (Pénitence concrète.  (L’isolement.  (L’ennui.  Pénitence de Jésus: (Le jeûne.  (La prière.  (Plaisirs sensibles.  (Les tentations: (Ambition.  (Vaine gloire.  

REMARQUE Jésus ne fait pas de l’intellectualisme; il ne se contente pas de discourir sur les vertus «en soi», comme tant de nos savants professeurs-philosophes, le prêchent.  Jésus va pratiquer ce qu’il prêchera plus tard; quand il dira au monde qu’il faut faire pénitence.  Les fidèles n’auront qu’à examiner ce qu’il a fait lui-même pour savoir ce qu’il faut faire.

Ce n’est pas Jésus qui distinguerait entre la pénitence intérieure et la pénitence extérieure pour faire éviter les deux!  On voit un prédicateur qui prêche que l’essence de la pénitence est dans la pénitence intérieure et il insiste tellement que les gens concluent que la pénitence extérieure est inutile.  Cette distinction est vraie, mais n’existe que dans les idées au point de vue formel.  Ceux qui font cette division sont des philosophes, qui parlent «in se» mais ne sont pas théologiens pour un sou!  S’ils l’étaient, ils parleraient de la pénitence dans le coeur et là elle comprend les deux sortes.  Quand le coeur est brisé de douleur d’avoir offensé Dieu il expie non seulement par les larmes, mais par des actes concrets de mortification; il venge Dieu en se faisant souffrir d’une façon ou d’une autre pour expier les jouissances illicites qu’il a prises.  L’Eglise nous transmet par l’inspiration du St-Esprit, le crucifix où Jésus est attaché à la croix pour montrer que tout chrétien doit aussi être attaché à la croix tous les jours.  Cela ne veut pas dire seulement la pénitence intérieure, mais les deux ensemble.  Qu’on nous laisse donc la paix avec cette distinction.  Elle est savante, mais pas du tout pratique et très dangereuse dans les mains des philosophes, qui en font ressortir une aux dépens de l’autre de façon que les fidèles les mettent de côté toutes les deux.  Jésus parlera avec conviction et sincérité quand il recommandera la pénitence, parce qu’elle entre dans sa vie; quand il la prêche, il prêche ce qu’il vit, il prêche donc du coeur et ses paroles vont au coeur.  Les fidèles ont un instinct spécial pour découvrir celui qui parle de la tête seulement et qui ne pratique pas ce qu’il prêche, et celui que parle du coeur et qui pratique ce qu’il recommande aux autres.  Or combien d’acteurs chez les prêtres?  Combien prêchent une religion et vivent selon leur philosophie de païen que se réduit à la loi naturelle!  Dès que les fidèles s’ennuient en écoutant un prédicateur c’est qu’il parle en philosophe et qu’il fait simplement des expositions de dogme abstraites et «in se»; ce n’est pas là le champ d’opération du St-Esprit; comme il se tient à l’écart, les gens ne goûtent rien à cette philosophie… et ils s’ennuient.  Au lieu de blâmer leur insouciance en fait de religion, que ce prédicateur dise son «mea culpa»!  C’est lui qui ne donne plus la parole du Maître et les brebis ne l’entendent pas et ne le suivent pas.  La plupart de ces prédicateurs philosophes sentent le besoin de raccourcir Leurs sermons.  Mais ce n’est pas là le remède; ce n’est pas la longueur qui fatigue, c’est la qualité.  Une pincée de brin de scie est aussi indigeste pour moi qu’une pleine poche!  Un prédicateur qui ne parle que cinq minutes de ce qu’il ne vit pas m’embête pour cinq minutes et on les compte par milliers dans le clergé!  les deux clergés!  St Grignon de M.  dit qu’à peine en trouve-t-on un sur mille et il ajoute que ce serait vrai de dire un sur dix mille!  Quelle perfide ivraie dans l’Eglise que cette philosophie diabolique parce qu’on veut la faire passer pour de la théologie, quand elle est du pur paganisme cent pour cent!  Voilà le plus grand mal dans l’Eglise!

Comment gagner ces prêtres philosophes à méditer dans le but de reproduire la pénitence de Jésus?  En tout cas nous allons montrer autant que possible cette pénitence dans le concret… et que chacun le fasse en vue de pratiquer lui-même comme il voit Jésus le faire.

PÉNITENCE DE JÉSUS

Nous allons nous arrêter seulement aux principaux éléments qui constituent cette pénitence et que nous trouvons pénible.

L’isolement.  L’Evangile dit qu’aussitôt que l’Esprit vint en Jésus, il le poussa au désert, dans la solitude, loin du monde, de ses bruits et de ses plaisirs.  L’amour divin veut nous montrer qu’il exige la destruction de notre amour naturel pour les créatures.  Cet amour est encore le plus facile à détruire des deux amours naturels que nous avons.  L’autre est l’amour de soi, autrement difficile à extirper de notre coeur.  Il est évident que Jésus n’avait pas besoin de cet isolement pour se détacher des créatures, mais il voulait nous donner l’exemple afin que nous marchions sur ses traces.  Ceux qui veulent suivre l’Esprit Saint sont donc tenus par leur vocation surnaturelle de fuir le plus possible les plaisirs des créatures.  Comme dit St.  Thomas on s’approche d’autant plus de Dieu qu’on s’éloigne plus des créatures.  L’affection aux créatures est opposée à l’affection de Dieu.  On voit dans la vie des Saints, comme ici pour Jésus quand Dieu veut les sanctifier, il les retire du milieu du monde, il les isole d’une façon ou d’une autre pour que leur coeur soit tout pour lui selon son premier commandement.  Les Saints avaient la hantise des déserts pour être loin des bruits de la terre et mieux goûter Dieu dans la solitude.  Dieu dit par le prophète Osée à l’âme: «Je te conduirai dans la solitude et là je parlerai à ton coeur.» C’est que l’amour de Dieu est exclusif, il veut être seul à posséder nos coeurs.  Quand il choisit Abraham, Dieu lui dit: «Quitte ton pays.» Isaac aimait à aller méditer dans la campagne après le souper.  Jacob vécut vingt ans en exil.  Ezéchiel se promenait solitaire sur les bords du fleuve Chobar quand le St.  Esprit en fit son prophète.  Daniel se promenait sur les bords du Tigre quand il eut sa fameuse vision, concernant la venue du Messie.  Judith passait ses journées seule dans sa chambre haute à prier et Dieu la choisit pour sauver son peuple.  On sait que les solitudes d’Egypte et de la Palestine se remplirent d’ermites qui voulaient goûter Dieu dans leur coeur.

C’est donc le mépris concret que Jésus prêchera et que les apôtres suivront dans leurs prédications; «N’aimez pas le monde ni ce qui est dans le monde; si quelqu’un aime le monde, la charité du Père n’est pas en lui.» Voilà l’esprit du christianisme.  On peut juger maintenant quel esprit pousse les prêtres à se lancer dans les amusements et à en organiser pour les fidèles et qui ont le front de dire que c’est pour les améliorer devant Dieu!  Quel aveuglement!  Quelle ignorance de l’esprit de Jésus.  Il est évident que ces prêtres n’ont pas médité la vie de Jésus pour en vivre.  Ils l’ont parcourue en philosophes seulement pour savoir les grandes lignes afin d’en parler, mais pas pour en vivre.  Que les fidèles apprennent donc à rester chez-eux, à éviter les foules, les soirées, les réunions tapageuses pour s’amuser.  On va dire que c’est plat.  Oui, pour ceux dont le coeur est dans les créatures!  Une raison de plus de s’isoler pour détruire cet amour des créatures.  Ceux des villes pourraient aller souvent visiter Jésus au tabernacle; ils ne seront pas dérangés par les autres; les églises sont ordinairement vides!  Ceux qui demeurent trop loin peuvent se retirer dans leur chambre pour converser avec Dieu et y prier.  Judith le faisait habituellement avant la venue de J.C., des chrétiens devraient être capables de le faire aussi souvent que leurs loisirs le leur permettent.  En tout cas qu’ils commencent par en prendre l’esprit puis ensuite dans le concret ils feront ce qu’ils pourront avec la grâce de Dieu.  Que tous les fidèles sachent aussi que l’esprit du monde qui les fait rechercher le plus possible les plaisirs et les foules vient de Satan qui veut les amuser sur les échantillons pour qu’ils oublient la réalité: Dieu.  Tous ceux qui encouragent les plaisirs avec les échantillons éloignent d’autant les fidèles de J.C.  Le fait que c’est difficile d’intéresser les gens aux choses de Dieu ne diminue pas son absolue nécessité de le prêcher et de le pratiquer.  Ces chrétiens qui se passionnent pour les sports montrent qu’ils ne comprennent pas le plan divin et qu’ils oublient leur destinée surnaturelle.  Ils ne connaissent pas la base du Christianisme qui est de renoncer au créé pour n’aimer que l’Incréé.  On suit Jésus qu’en autant qu’on se renonce et donc qu’on renonce aux plaisirs qu’on aime.  La preuve que cette affection est contraire aux choses de Dieu, qu’on me trouve un prêtre, un religieux ou un fidèle qui vient d’assister à une partie de balle et qui passe à l’église ou à la chapelle pour une heure d’adoration devant le S.S., ou qui prend un livre spirituel, ou qui va voir les pauvres, ou les malades, ou qui va prendre la discipline ou s’imposer quelque mortification!  Jamais de la vie!  Mais après cette jouissance de païen, une autre jouissance suivra!  On allume une cigarette, on prend un verre de bière, on prend une collation, ou….  continue de satisfaire son païen!

L’ennui mérite une mention spéciale.  C’est la première épreuve de l’exil ou de l’isolement.  Le coeur est encore aux choses du monde et sentir le vide de ce qu’on aimait est très pénible pour les premières fois.  On sent son âme se liquéfier et des flots de larmes insoupçonnées surgissent du fond de l’être.  Un abîme se creuse autour du pauvre exilé et il lui semble qu’il va s’y engouffrer.  Et la tentation vient tout de suite de retourner au monde et à ses plaisirs si on ne veut pas devenir fou complètement!  Une voix crie dans l’intérieur: Fais donc comme les autres!  Ils sont aussi bons que toi, sans ces excentricités!  C’est une lutte terrible entre l’affection des créatures qui se sent faiblir et celle de Dieu qui va se fortifier.  Il faut tenir bon malgré tout; s’il faut pleurer, on pleure, les larmes sont le propre de l’homme.  Jésus n’a-t-il pas pleuré et il a dit: Bienheureux ceux qui pleurent!  Cet ennui montre qu’on a au moins fait quelque chose pour s’éloigner des créatures et dans quelques temps Dieu viendra combler ce vide et alors ce sera le bonheur.  Celui qui ne veut pas supporter l’ennui montre qu’il ne veut pas se priver des créatures; il n’avancera jamais beaucoup dans le chemin de la vertu.  Il tient trop à l’affection des échantillons pour que Dieu lui donne son amour.  Qu’on dise à une femme de retourner avec son mari qui vit avec une autre, elle va exiger qu’il renvoie sa rivale, puis ensuite elle va laisser passer quelques jours pour voir s’il est bien sérieux.  Eh bien, Dieu fait de même; il attend quelques jours pour voir si vraiment nous avons renoncé pour tout de bon aux créatures et alors il vient dans l’âme.

Le jeûne de Jésus dura quarante jours.  Il n’a pas fait de miracles pour se soutenir; ce jeûne est possible humainement.  Moïse et Elie ont jeûné aussi longtemps.  De nos jours, plusieurs qui ont fait la grève de la faim ont jeûné même plus longtemps sans mourir ou avant de mourir.  Par l’isolement il se sépare des hommes et des biens extérieurs, par le jeûne, il se sépare de la nourriture si agréable à l’homme et si nécessaire.  Il isole ses passions naturelles de leur aliment propre; il tarit la source de la concupiscence, non pas en lui, mais pour nous servir d’exemple à nous.  Il souffre de la faim qui est une souffrance physique et donc plus dure à endurer que la séparation du monde extérieur.  Jésus veut nous montrer comment non seulement expier les péchés mais nous en préserver à l’avenir.  On sait que c’est la sensualité ou la concupiscence qui est la principale source des péchés dans l’homme.  Le jeûne tarit justement cette source ou au moins l’affaiblit beaucoup.  Jésus dit que le démon d’impureté n’est chassé que par le jeûne et la prière.  On a un bon exemple de ce que produisent le jeûne et la sensualité respectivement.  Moïse jeûne quarante jours et il obtint les tables de la loi de Dieu même sur le mont Sinaï.  Pendant ce temps les Israélites, dans la plaine, se mettent à festoyer, à danser et ils finissent par adorer le Veau d’or.  Ce jeûne attire Dieu et la gourmandise attire le diable.  Quand les Apôtres et les Saints voulaient obtenir quelque lumière spéciale de Dieu, ils jeûnaient au pain et à l’eau.  Que voit-on de nos jours?  Quand les évêques et les prêtres se réunissent pour établir quelque réforme, ils assistent à de véritables banquets avec du bon vin, puis à travers un nuage de fumée de tabac on cherche la lumière divine.  Aussi quels beaux fiascos pour la plupart de ces réunions d’où il ne sort à peu près rien pour la réforme des moeurs.  Le St-Esprit n’est pas chez-lui dans ces congrès bourgeois.  Ce qu’ils devraient faire serait de jeûner au pain et à l’eau pendant au moins trois jours et là le St-Esprit viendrait leur faire une visite!  Il leur inspirerait des lois très sages et des recommandations très pratiques pour la sanctification des fidèles.  De plus en plus on jette le jeûne par dessus bord dans des pays entiers; des évêques suppriment tout à fait le carême, dispensent du jeûne tout le monde.  Pendant quelques années on avait suivi StAlphonse de Liguori, qui recommandait de ne prendre que deux onces au déjeuner.  De nos jours on a fait sauter les deux onces pour dire au peuple qu’il suffit de laisser un creux dans l’estomac et on a jeûné!  Peu de chrétiens ont souci de ce creux maintenant.  Que de prêtres et de religieux ne jeûnent plus aujourd’hui du tout sous prétexte de ceci ou cela, prétextes de païens.  Ils ne sont sûrement pas poussés par l’Esprit-Saint!…

Il y a beaucoup de maladies qui proviennent de trop manger.  Le système n’est pas capable d’éliminer ces excès de poisons qui se forment dans le sang.  Le jeûne non seulement expierait les péchés dans l’âme, mais aussi dégorgerait les organes et le sang de ces toxismes qui causent toutes sortes de maladies.  L’exemple de Daniel et de ses compagnons en captivité à Babylone le montre bien.  Pour suivre leurs lois données par Moïse, ils refusèrent de manger des viandes offertes aux idoles et ne mangèrent que des légumes et burent de l’eau au lieu du vin.  Après quelques semaines de ce régime austère, ils étaient plus rougeauds que les autres et en meilleure santé.  Dès qu’on jeûne on peut avoir mal à la tête.  Des spécialistes en la matière disent que c’est un signe que le système est chargé de poisons et qu’il faut jeûner encore plus et plus souvent pour les éliminer.  Quand le corps est sous ces poisons on n’a pas mal à la tête.  Est-ce que les animaux ne cessent pas de manger dès qu’ils sentent le moindre malaise?  C’est une leçon pour nous.  Au lieu de prendre des purgatifs, cessons donc de surcharger le système organique.  Au lieu d’avoir une peur bleue du jeûne nous devrions nous en servir habituellement pour régulariser les fonctions animales.  Tout cela n’est que pour montrer qu’en servant Dieu qui nous impose le jeûne nous gagnons des mérites pour l’âme et de la santé pour le corps.  Les apôtres et tous les Saints ont pratiqué le jeûne habituellement, c’est-à-dire qu’ils y recouraient très souvent pour obtenir des faveurs de Dieu; imitons-les donc comme ils ont imité Jésus.

La prière se rattache normalement au jeûne et à l’isolement.  Après qu’on s’est éloigné des créatures et qu’on a allégé le corps par le jeûne, l’âme se tourne plus facilement vers Dieu; elle s’élève plus aisément vers le ciel pour chercher Dieu.  Le jeûne et la séparation des plaisirs du monde brisent les amarres qui empêchent l’âme de prendre le large vers l’infini de Dieu.  C’est l’homme qui tend les bras vers Dieu après avoir tourné le dos aux créatures et à soi-même.  C’est un acte d’amour de Dieu après le mépris du créé.  On voit pourquoi Jésus a pratiqué les deux constamment et nous le recommande tous les deux.  Ils ont une influence merveilleuse sur Dieu parce qu’ils sont la pratique de son plan divin; détruire nos deux amours pour prendre le sien.  St.  Jérôme dit que séparés ils ne valent pas grand-chose.  De nos jours, les évêques et les prêtres en général, n’osent plus demander le jeûne, mais ils demandent des prières; on fait des neuvaines, on dit des oraisons commandées à la messe pour avoir la paix, tout le monde parle de la paix dans nos affreuses guerres actuelles, mais où sont ceux qui font pénitence par le jeûne, ajouté aux prières?  Aussi on obtient rien.  Des Notre Père… et des Je Vous Salue Marie… récités après les messes ensemble pour passer ensuite le dimanche après-midi aux vues ou sur les champs d’amusements ne valent pas grand-chose devant Dieu.  Actuellement les évêques et les prêtres devraient faire une campagne pour boycotter les théâtres et tous les lieux d’amusements et exiger des jeûnes au pain et à l’eau, non seulement des fidèles, mais leur donner l’exemple en se mettant eux-mêmes au pain et à l’eau.  Quand allons-nous voir le clergé à la tête du jeûne?  Quand allons-nous le voir lutter contre les amusements comme on voit la plupart des chrétiens avec les prêtres en tête pour se passionner pour les sports?  Quelle honte pour un prêtre ou un religieux de n’aborder les laïques qu’en parlant de sport et continuant d’en parler.  Ils fortifient l’amour des créatures qu’ils devraient essayer de détruire dans le coeur des fidèles… Le premier fondement de la prière est notre destinée à la vision béatifique qui nous dépasse infiniment.  Or cette vision est toute une vie d’amour de Dieu, puisque Dieu est amour.  C’est pourquoi il exige un immense amour en nous pour nous faire participer à son amour infini.  Eh bien!  nous montrons notre amour par le désir plus ou moins intense que nous avons d’être unis à lui.  Il se donnera à nous dans la proportion que nous l’avons aimé et donc que nous avons voulu être avec lui, ce qui se fait pour nous par la prière.  Elle doit être en proportion de notre amour de Dieu.  Ceux donc qui ne prient pas ou peu, montrent leur indifférence pour Dieu… et ils n’iront pas au ciel.  Chacun donc peut se faire une idée de son amour pour Dieu par son degré de prière; elle est le thermomètre de son ardeur ou de sa ferveur pour Dieu.  Il ne faut pas compter comme prières celles où l’on ne demande que des choses terrestres; elle ne valent pas la peine d’être appelées prières.  Ce sont des demandes de garder les échantillons ou d’en obtenir plus pour contenter l’animal ordinairement et donc pour favoriser nos deux amours naturels que nous devrions détruire en nous.  Dieu n’aime pas à coopérer à ces prières.  La vague de neuvaines de toutes sortes pour obtenir des faveurs temporelles comme on voit aux Etats-Unis de nos jours est une vraie farce païenne!  C’est encore encourager nos deux amours naturels et c’est donc du vrai paganisme… et un rackette pour faire de l’argent à bon marché!

Le deuxième fondement est le péché.  Il y a un abîme entre l’homme même pur et Dieu.  Quand l’homme est en péché, il y a deux abîmes.  Il faut donc prier d’abord pour sortir du péché, pour se le faire pardonner et après cela il reste encore l’autre abîme à franchir, celui de s’élever jusqu’à Dieu.
Jésus jeûne donc au désert pour expier nos péchés; et dans la même mesure il prie pour en obtenir cette grâce.  Et nous qui sommes les vrais pécheurs combien plus devrions-nous prier jour et nuit pour être pardonnés; nous ne le Serons pas sans beaucoup prier.  Mais parce que nous sommes pécheurs Dieu n’écoutera pas nos prières à moins que fassions pénitence par le jeûne et par toutes sortes d’autres pénitences comme lui a enduré dans le désert en plus de son jeûne.  Ce n’est pas pour rien que Jésus nous dit que sans lui nous ne pouvons rien, et avec lui il dit que tout est possible.  C’est donc nous inviter clairement à prier.  Dans la prière l’homme avoue en acte son incapacité absolue et il honore Dieu en ne comptant que sur son secours qu’il veut obtenir par la prière.

Sans l’amour de Dieu et des biens célestes il est difficile de prier, mais elle devient facile à mesure que l’amour de Dieu augmente et donc que l’amour des créatures et de soi diminuent.  C’est donc parfaitement inutile d’essayer de prier sans se mortifier ni se renoncer.  On a un bon exemple de la prière continuelle chez les mondains.  Comme ils désirent les biens de ce monde!  Comme toute leur âme est habituellement tendue vers les jouissances de ce monde; aussi ils prennent les moyens pour se les procurer.  Eh bien, voilà justement ce que les chrétiens devraient faire pour Dieu et les biens célestes.  Ils prieront dans la mesure où ils se passionneront pour Dieu et les biens célestes.  Quand verrons-nous cela?  Quand les prêtres vont-ils exiger cette mentalité et en donner l’exemple par leur vie?  Le seul moyen pratique pour y arriver est de commencer à «semer» un plaisir… puis un autre… puis un autre. 

Graduellement le coeur va passer des semailles à la récolté des biens célestes avec tous les avantages pratiques de cet heureux changement de mentalité!  On n’y arrivera pas par la seule prière.  Il faut les deux réunis.  Qu’on se le dise et que les prêtres le prêchent après l’avoir pratiqué.  C’est l’ordre que Jésus suit dans les béatitudes; ce n’est qu’après qu’on s’est détaché des biens extérieurs par l’esprit de pauvreté, des intérêts personnels par la douceur et qu’on a pleuré ses péchés, que Jésus donne la quatrième béatitude: Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice ou de la sainteté.  Cette doctrine doit donc être prise sérieusement.  Dieu seconde nos efforts quand on les fait selon son plan à lui.  On voit l’importance de commencer par lutter contre les deux amours naturels en nous tous.  Que tous les prêtres et les fidèles travaillent ensemble dans ce sens… et non pas pour les sauver comme on fait ordinairement et essayer d’y ajouter l’amour de Dieu.  C’est impossible dit Jésus.  C’est inutile d’essayer de le faire mentir!

Les tentations de Jésus Un amour qui n’est pas éprouvé n’est pas prouvé!  C’est dans l’épreuve qu’on voit de quel bois on se chauffe et si l’âme est bien trempée dans la vertu.  Alors Dieu permet au démon et au monde de nous pousser aux deux amours naturels que nous venons ou que nous voulons abandonner.  Jésus n’avait pas besoin évidemment de cette épreuve, mais c’est notre propre vie qu’il vit en lui-même alors il faut qu’il se soumette à tout ce qui arrive aux hommes.  Il nous montre qu’il faut se préparer aux tentations des démons par la mortification et par la prière.  C’est le conseil qu’il donne aux apôtres au jardin de Gethsémani: «Veillez et priez afin de ne pas tomber en tentation».  Ils n’ont fait ni l’un ni l’autre, aussi ils sont tombés dans la tentation.  Ils ont tous fui Jésus pour sauver leur peau.  Eh bien, ceux qui tombent dans le péché le font parce qu’ils ne sont pas mortifiés et n’ont pas prié.  Maintenant voyons les différentes sortes de tentations.

Plaisirs sensibles.  Après avoir jeûné quarante jours, Jésus avait faim; alors le démon le tente au sujet de la nourriture, non pas avec l’idée de lui faire commettre un péché de gourmandise, mais de pécher dans la façon de se la procurer.  Le démon cherche à découvrir si cet homme ne serait pas le Messie promis, alors il lui demande de faire un miracle pour se procurer du pain quand ce n’était pas du tout nécessaire.  Il n’avait qu’à sortir du désert pour en trouver.  Demander un miracle à Dieu simplement pour le plaisir d’en faire est insulter Dieu et vouloir s’amuser à ses dépens.  Jésus répond au démon que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.  Jésus nous montre que le pain naturel n’est qu’un échantillon du pain réel qui est Dieu et sa parole divine qui nourrit l’âme comme le pain nourrit le corps. 

C’est donc par la communion où nous recevons le vrai pain de vie et dans la prédication que nous trouverons les moyens de résister au démon.  Jésus dira ailleurs que notre victoire sur le monde vient de notre foi.  Il faut donc monter dans le monde de la foi pour trouver les moyens de vaincre les tentations.  Jésus sert au démon trois textes pour ses trois tentations.  C’est donc dans l’Ecriture sainte que nous trouverons les idées qui nous aideront à vaincre le démon.  N’oublions pas que ce qui arrive à Jésus nous arrivera de la même façon quoique non visible pour nous.  Ainsi par exemple, le démon et le bon Dieu, pour des motifs tout différents, nous priveront d’une satisfaction légitime ou naturelle assez longtemps, puis quand nous aurons faim, le démon arrivera avec cette satisfaction pour que nous nous contentions, mais de façon à ce qu’il y ait quelque péché à le faire dans ces circonstances.
Tout Chrétien devrait se préparer à résister à quelque passion après qu’il aura été privé de cette jouissance longtemps.  Par exemple, un célibataire sera fortement tenté et quand il aura lutté courageusement, un jour le bon Dieu, pour lui donner une chance de lui montrer qu’il aime Dieu plus que n’importe quoi au monde, et le démon pour le faire tomber, lui présenteront une personne idéale pour lui et dans une occasion propice pour se contenter; s’il a jeûné, s’il s’est mortifié et s’il a prié, Dieu lui donnera la grâce de résister au mal.  Il dira au démon quelque chose comme ceci: «L’homme ne vit pas de ces plaisirs sensuels, mais de toute parole sortie de la bouche de Dieu.  Dieu nous enseigne à «semer» les plaisirs de la terre pour récolter ceux du ciel.  J’aime tant ce plaisir que je veux en jouir éternellement!  Or comme ce n’est que lorsque je m’en serai privé que Dieu me donnera quelque chose d!  incomparablement meilleur, je le refuse absolument!  Un mari doit se rappeler qu’il n’est pas au monde pour jouir du mariage, mais pour faire la volonté de Dieu.  Il doit faire assez de pénitence et se fortifier assez par la prière et la réception des sacrements que lorsque Dieu lui demandera le sacrifice de ces plaisirs il puisse le faire.  Dieu le privera de sa femme pour cinquante raisons puis quand il a jeûné longtemps, le démon, avec la permission de Dieu, lui présentera un cas idéal pour se contenter.  C’est à ce moment que son éternité se décide.  Il faut qu’il dise à Satan: je ne suis pas au monde pour satisfaire mes passions, mais pour faire la volonté de Dieu; je refuse absolument de commettre ce péché.  Je ne veux pas me damner pour un échantillon quand Dieu veut me donner une éternité de jouissances célestes.  Que tous donc se préparent à passer ces examens sur leur préférence de Dieu sur n’importe quel plaisir quelque passionnant qu’il puisse être.  La seule façon pratique est de pratiquer ce que Jésus pratique au désert: lutter contre nos deux amours naturels par la mortification continuelle en toutes choses.

L’ambition.  Alors, selon l’ordre suivi par St.  Luc, Satan transporta Jésus sur une haute montagne et là lui montrant tous les royaumes du monde avec leurs richesses et leurs gloires, il lui dit: «Je vous donnerai toute cette puissance et la gloire de ces royaumes, car elles m’ont été livrées et je les donne à qui je veux.  Si donc vous voulez m’adorer, toutes ces choses seront à vous.» Il y a du vrai et du faux dans ces paroles.  Jésus luimême dit que Satan est le dieu de ce monde, le prince de ce monde, dans ce sens qu’il peut disposer du monde naturel pour ses amis parce que Dieu le lui permet pour punir ceux qui préfèrent le naturel au surnaturel.  Satan dit la même chose que Dieu qui donne toutes les nations en héritage à Jésus.  Il y avait de quoi satisfaire Jésus!  et de quoi le tenter!  Le diabolique se manifeste dans le moyen: si tu veux m’adorer!  Dans tout projet il faut toujours examiner la fin et les moyens; car le démon essaie de se glisser dans l’un ou dans l’autre.  Il attire l’attention sur ce qu’il y a de bon et ensuite il pousse aux résultats de ce qu’il y a de mal.  Encore ici Jésus répond par un texte de Loi: «Vous adorerez le Seigneur, votre Dieu, et vous ne servirez que lui seul.» Cela montre comment les chrétiens devraient connaître l’Ecriture sur le bout des doigts afin de s’en servir constamment contre les tentations des démons et du monde.  L’Ecriture contient une vie divine qui nous fortifie contre les tendances naturelles du païen en nous.  On voit un changement de vie notable dans ceux qui se mettent à lire assidûment les Ecritures, en esprit de foi.

Le démon est le dieu du naturel: tous ceux donc qui cultivent une attache à quelque créature adorent déjà dans une certaine mesure le démon.  C’est ce qu’il a fait lui-même, il a préféré la créature au créateur.  Or une attache c’est aimer une chose pour elle-même, c’est la considérer comme une idole.  St Paul dit que le service de la créature est de l’idolâtrie.  Le truc des démons est de pousser les hommes à s’attacher le plus possible aux créatures qu’elles soient permises ou défendues.  Le lien est le même dans les deux cas: les permises captivent le coeur autant que les défendues et donc éloignent de Dieu dans la même proportion.  L’araignée est un vrai échantillon du démon.  Elle tend ses filets pour prendre des insectes.  Dès qu’un insecte se jette là, l’araignée jette un fil puis un autre, puis emprisonne le pauvre insecte.  Ainsi le démon étale ses pièges dans les échantillons de la terre; il pousse les hommes à s’attacher eux-mêmes à une créature, puis plus intensément à la même jusqu’à ce que l’homme préfère cette créature à Dieu même et alors c’est un pêche mortel et le démon a gagné cette âme pour l’enfer.  Ou bien il les pousse à s’attacher à une créature innocente «en soi», puis à une autre et encore à une autre et ainsi de suite jusqu’à ce que son coeur soit totalement dans les créatures et c’est alors un péché mortel qui suit non pas cet acte mais dans l’état.  Cet homme n’a plus d’amour pour Dieu et tout son coeur est aux créatures, ce qui constitue un état de péché mortel.
L’ambition fait périr un grand nombre de chrétiens.  Par exemple, une fille de campagne qui se passionne pour les belles toilettes que ses parents ne peuvent pas lui procurer à cause de leur pauvreté.  Un jour elle s’en vient en ville pour gagner de l’argent afin de s’acheter des toilettes.  Le démon et le Bon Dieu, comme j’ai dit, pour des motifs différents, vont la mettre en mesure d’en avoir.  Ce n’est pas péché d’avoir de belles robes, mais le mal va être dans la façon de se les procurer.  En cherchant de l’ouvrage elle rencontre un homme comme il y en a tant parmi les riches, qui va lui offrir de bons gages, puis il va même les augmenter… à condition qu’elle consente à le satisfaire.  Il lui promet même de la faire vivre sans travailler, avec de belles toilettes et de beaux appartements; enfin vivre comme une grande dame ce qu’elle a tant rêvé… mais il lui faut livrer son âme à Satan par le péché.  Elle aura des remords pendant quelques temps, mais à mesure qu’elle s’engouffre dans le péché, ses liens se fortifient et la voilà perdue à tout jamais!  C’est ainsi que le vice s’alimente dans les grandes villes par le moyen de ces ambitieuses qui méprisaient leur vie simple de la campagne et voulaient faire la vie!… Que d’hommes dans les affaires adorent Satan dans toutes sortes d’injustices et de fraudes dans le commerce afin de s’enrichir.  Ils veulent les royaumes de Satan avec leur gloire et pour se les procurer ils abandonnent Dieu pour se livrer à Satan.  Dans la politique que de courbettes devant les grands pour s’assurer du patronage.  Que de transactions louches et malhonnêtes pour devenir riches!  Si tous ces chrétiens étaient familiers avec la Bible, à ces projets grandioses pour s’enrichir injustement ils répéteraient des textes comme ceux-ci: «Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme»?  Ou encore: «N’aimez pas le monde ni ce qu’il y a dans le monde; si quelqu’un aime le monde la charité du Père n’est pas en lui».  Etc… «On ne peut servir deux maîtres: Dieu et Mammon».  Ou on aimera l’un et on haïra l’autre»…Et ces textes portent leur grâce avec eux la parole de Dieu est une «vie» pour l’âme qui s’en nourrit…


Vaine gloire.  Satan transporte Jésus sur le pinacle du temple, en pleine ville et lui dit: «Si tu es le Fils de Dieu, jettetoi en bas, car il est écrit: «Il a ordonné à ses anges de te prendre dans leurs mains pour que ton pied ne heurte point contre la pierre.  Ce texte du Pr.  90-11, n’autorise pas du tout cette interprétation.  Il est parlé de la protection que Dieu exerce sur ceux qui se confient en lui, il ne dit pas de tenter Dieu en faisant des miracles pour amuser le peuple.  C’est une note caractéristique du démon de vouloir du clinquant… de l’excentrique et du ridicule comme on peut voir par les évangiles apocryphes qui sont remplis de récits de choses extraordinaires, grotesques simplement pour épater les gens.  Jésus lui répond: «Tu ne tenteras point ton Dieu».  Que de païens dans le clergé et parmi les fidèles imitent Satan en tirant des textes pour favoriser leur vie païenne.  Tous les viveurs trouvent des textes pour légitimer leur attache à quelque plaisir.  Un vrai théologien prend toujours le sens surnaturel du texte comme Jésus l’a fait.  On saisit là, la mentalité du démon.  S’il a essayé de pervertir les textes pour Jésus, on peut s’attendre à ce qu’il ait autant de front pour se glisser chez les prêtres, professeurs et prédicateurs, pour leur faire prendre le sens naturel et païen d’un texte.  Toute la mentalité païenne qu’on trouve dans les deux clergés est basée sur une foule de textes que les prêtres naturalisent au lieu de les prendre dans leur sens surnaturel.  On se plaint que les fidèles soient tout aux choses du monde; mais est-ce que les prêtres ne sont pas responsables de cet état de choses?  On trouve des milliers de prêtres pour approuver tout, excepté le seul péché.  Les deux amours naturels sont donc protégés par des milliers de prêtres, évidemment en s’appuyant sur des textes interprétés à la façon de Satan.  C’est bien curieux que tant de prêtres n’aient pas compris que Satan suivra toujours sa même tactique: de pousser les hommes à garder et à développer leur deux amours naturels, c’est ce qu’il a fait pour Jésus et il le fera pour nous tous.  Ils devraient donc prêcher systématiquement contre l’affection pour les créatures, même permises, et contre l’affection de soimême: donc attaquer constamment la mentalité païenne des chrétiens.  C’est par là que les démons vont les faire tomber dans le péché et de là en enfer… Mais Satan a déjà tellement empoisonné l’esprit des prêtres qu’on ne peut plus donner justement cette doctrine des créatures-fumier.  Un Jésuite ne peut plus prêcher les deux Etendards aux Etats-Unis et combien oseraient le faire dans nos paroisses dites fashionables?  De grandes dames dénonceraient vite ce prédicateur comme troublant leur conscience… et les supérieurs les approuveraient en donnant l’ordre à ce prédicateur de prêcher de façon à ne pas troubler les consciences: ce qui veut dire de laisser tout faire excepté le péché.  Tous ces gens qui ne veulent pas déranger les fidèles dans leur vie païenne s’appuient sur des textes compris comme le diable!  A ceux qui seraient scandalisés de m’entendre dire cela et qui peut ruiner la réputation du clergé, je réponds: qu’il vaut mieux sauver la doctrine de Jésus-Christ que la réputation du clergé.  C’est pour sauver leur propre réputation que les prêtres juifs ont tué Jésus; je ne veux pas faire la même chose dans l’Eglise.  Quand les bons évêques attaquaient les milliers d’évêques et de prêtres ariens, ils ne se souciaient pas de perdre la réputation de ces hérétiques dont plusieurs étaient sûrement encore bons.  Si nos philosophes ne veulent pas être attaqués qu’ils deviennent de vrais théologiens qui donnent le sens surnaturel des textes et on les laissera tranquilles.

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